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 Corentin, de Paul Cuvelier

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eraserhead
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MessageSujet: Corentin, de Paul Cuvelier   Mer 7 Juil 2010 - 8:40

À l'occasion de la sortie aux éditions du Lombard d'une 'intégrale' Corentin, ce sujet voudrait essayer de faire le point sur une perpétuelle déception liée aux successives éditions de cette œuvre majeure de la bande dessinée franco-belge : j'essaierai de présenter les différentes 'versions' de la série, que bien entendu je n'ai pas toutes. Je complèterai au fur et à mesure, et toutes les contributions seraient les bienvenues !
Le premier tome de l'intégrale contient Les Extraordinaires Aventures de Corentin, Les Nouvelles Aventures, et Le Poignard Magique : je vais donc m'efforcer dans ce premier jet d'évoquer la première parution de ces trois albums.

Corentin Feldoë, un jeune garçon aventureux, embarque en cachette sur un navire. S'ensuivent des péripéties qui le mèneront jusqu'en Inde où il rencontre le jeune Kim, qui deviendra son ami inséparable, ainsi que le sultan et sa fille, la princesse Sa-Skya que Corentin sauve plusieurs fois, dans des rebondissements tous plus rocambolesques les uns que les autres, laissant les personnages évoluer dans les décors exotiques d'une Inde très feuilletonesque. Le deuxième tome entraîne notre héros, toujours accompagné de Kim en Chine, où, porteur d'une bague marque de suprématie, il recherche un trésor perdu, avant de retrouver le palais apaisant de la jeune Sa-Skya.


Les premières éditions

La première aventure de Corentin est intitulée Les Extraordinaires Aventures de Corentin. Elle est publiée dans le journal Tintin (la première planche paraît avec le premier numéro de la revue – en Belgique, le 26 septembre 1946). Cuvelier a alors 23 ans, et la série est scénarisée, pour l'ouverture de l'histoire en tout cas, par Jacques Van Melkebeke, qui est le rédacteur en chef de la revue.
L'histoire paraît en noir et blanc dans ce fascicule de 12 pages (seuls Tintin, avec Le Temple Du Soleil et Le Secret de L'Espadon ont les honneurs de la couleur) à raison d'une page par semaine. Corentin fera la couverture du numéro 4.


première planche

vous trouvez les premières planches de Corentin (ainsi que l'intégralité des premiers numéros du journal de Tintin belge) sur http://lejournaldetintin.free.fr/index.php

La série sera par la suite recueillie en album en 1950. Cette première édition est bien évidemment inabordable, et très rare : d'après la monographie que consacre Philippe Goddin à Cuvelier (Corentin et les chemins du merveilleux, éditions du Lombard 1984), il y aurait quelques différences entre cet album et la prépublication dans Tintin, notamment pour la première planche. Toujours est-il que cette édition originale est publiée dans un noir et blanc rehaussé de lavis ; elle contient les 64 planches publiées dans le Journal Tintin, ainsi qu'une série de 7 hors-textes en couleur.

Les aventures de Corentin se poursuivent avec Les Nouvelles Aventures de Corentin, qui sort en 1952. Les deux albums constituent une véritable continuité narrative ; également scénarisé par Jacques Van Melkebeke, les deux histoires sont publiées dans la foulée pour les lecteurs du journal Tintin (le deuxième volume est publié en Belgique du 18 décembre 1947 au 24 février 1949). L'ensemble compte 62 planches, qui seront complétées par 7 hors-textes lors de l'édition en album.


détail de la planche 4, haut gauche


L'épisode suivant des aventures de Corentin est intitulé Le Poignard Magique. Il ne sort qu'en 1963. C'est qu'entre temps, Paul Cuvelier s'est laissé embarquer vers l'Ouest mythique, et qu'il s'est essayé au western en dessinant une aventure 'hors-série' de Corentin, ou plutôt du petit fils de Corentin (pour les besoins de chronologie, car les aventures de Corentin se déroulent au XVIIIe siècle).
Cet album a été déclassé dans la réédition complète de 1992, où il apparaît en volume 8, donc dans l'ordre chronologique de l'histoire. Il avait été réédité en 1985 dans la collection BéDingue du Lombard.

Le Poignard Magique sort donc en album après une prépublication dans Le Journal Tintin à partir du 29 octobre 1958 (en Belgique). C'est le deuxième album de Cuvelier (après Corentin chez les Peaux-Rouges) à être publié en couleurs. C'est un album plus mûr, mais plus nerveux que les précédents : Cuvelier a alors 34 ans, et s'est depuis les deux premiers albums désintéressé de la bande dessinée pour la peinture. L'écriture de l'album est morcelée en plusieurs périodes : elle débute par des projets proposés par Gine Victor, sur lesquels Cuvelier imposera de nombreuses modifications, pour aboutir à un ensemble particulièrement incohérent qui a en fin de compte été repris en main par Greg. Est-ce ces atermoiements qui expliquent les changements radicaux en terme d'encrage, de rythme... ? Ils provoquent en tout cas une interruption de publication dans le journal Tintin. La 34e planche commence par un résumé des événements précédents. Lors de la publication en album en 1963, cette planche conservée telle quelle paraît bien étrange !
Toujours est-il que Cuvelier sera très mécontent de cet album, qu'il a surtout accepté pour gagner sa vie.

Corentin, sur ordre du Rajah de Sompur (le père de Sa-skya des premières aventures, mais le nom de la province a changé...), sert de messager entre lui et son cousin. Ce dernier confie un poignard (l'Ancus Magique) à Corentin pour le Rajah. Mais Corentin se fait voler l'objet, et, afin de le retrouver, il part à l'aventure jusqu'en Bretagne, où il retrouve son village natal. Mais il lui faut rentrer à temps au Sompur pour mettre un terme à une invasion mongole.

On le voit, les rebondissements qui ont fait le succès des deux premières aventures sont ici poussées à l'extrême, mais l'intérêt repose toujours plus sur des moments de grande tension ou des instants de pose dans lesquels le dessin de Cuvelier s'épanouit pleinement.
L'album bénéficie aussi d'une mise en couleur très chatoyante qui sied parfaitement à l'histoire, couleurs dont nous verrons qu'elles représentent l'enjeu essentiel des rééditions successives.

(à suivre ;-))


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eraserhead
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MessageSujet: Re: Corentin, de Paul Cuvelier   Ven 6 Aoû 2010 - 17:23

La réédition de 1978 (version 2)

Pour les fans de la série, l'année 1978 est riche en événements dramatiques, sur un plan tout à fait différents bien sûr.
Cuvelier meurt en juillet 1978 ; la réédition du premier volume des aventures de Corentin est datée d'août 1978.

Pour l'occasion de la réédition des aventures de Corentin, l'éditeur choisit de faire coloriser les deux premiers albums qui avaient été publiés en noir et blanc.

Dans quelle mesure Cuvelier a-t-il été consulté, s'est-il impliqué dans le traitement couleur de ses deux premiers albums ? Sachant le désintérêt dont il a fait preuve pour la bande dessinée sur la fin de sa vie, on peut penser que non. Le livre de Philippe Goddin déjà mentionné ne fait pas, lui, mention des versions colorisées datée de 1978 pour le premier album et de 1979 pour Les Nouvelles Aventures.

Cette édition en tout cas suscite bien des déceptions, tant la mise en couleur dénature le dessin d'origine :

L'édition de 1978 a été faite dans des conditions difficiles. En effet les films au lavis ont brûlé lors d'un sinistre dans l'imprimerie qui devait assurer le travail. Il a donc fallu refaire des films à partir d'un album original, page par page. le résultat n'a pas été très heureux; les gris du lavis fonçaient considérablement et abîmaient le trait.
Y. Sente, La Troisième Naissance de Corentin,
article publié par Le Soir, 30 décembre 1992

Pourtant, le traitement couleur des deux premiers albums se fait dans l'esprit des choix que Cuvelier avait faits pour Le Poignard Magique en 1963.


strip tiré de la réédition de 1978 du premier album


1er strip du POIGNARD MAGIQUE, en 1963

Ce qui est sûr, c'est que la réédition est effectivement de facture assez grossière. Pour le deuxième tome, la source semble être un album de langue néerlandaise : la dernière case laisse apparaître, sous le mot FIN, un EINDE néerlandais mal caché ! De même, des interjections disparaissent sous le coloriage (planche 2 du premier album par exemple).


à comparer avec l'image postée plus haut

Il existe deux versions de cette édition, l'une estampillée Dargaud (pour la France), et l'autre au Lombard (pour la Belgique). Le titre est changé par rapport à la première édition en album : Les Extraordinaires Aventures deviennent L'Extraordinaire Odyssée, retrouvant ainsi le titre originel de la prépublication dans le journal Tintin. Dans cet album, le premier strip est différent de la planche publiée dans le journal Tintin :


version de 1978

Cette différence est-elle héritée de la publication en album en 1950 ? J'espère bien un jour mettre la main sur une édition originale, et pouvoir répondre ! Les lettrages choisis sont eux aussi différents (utilisation d'une police 'machine à écrire').
Le deuxième volume hérite quant à lui d'une police 'majuscule', et cette fois-ci, pas de modification du titre ! Ce sont ces éditions qui seront publiées en volume chez Rombaldi en 1984.

Pour répondre à la déception engendrée par la réédition couleur des deux premiers volumes, l'éditeur distri-bd propose en 1982 une réédition en fac-similé noir et blanc, dans un tirage cependant confidentiel à 525 exemplaires. C'est à ce jour la seule réédition des albums originaux, contenant les planches hors-texte.


version de 1981


version de 1979

(à suivre...)


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Joco
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MessageSujet: Re: Corentin, de Paul Cuvelier   Lun 16 Aoû 2010 - 11:54

Je ne connaissais pas ces albums. C'est très intéressant !
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eraserhead
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MessageSujet: Re: Corentin, de Paul Cuvelier   Lun 16 Aoû 2010 - 12:13

merci.
la suite bientôt, avec les rééditions de 1992, qui ont permis à beaucoup d'entre nous de vraiment découvrir la série... et les dernières rééditions.

Le volume 2 de l'intégrale doit sortir courant septembre.
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eraserhead
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MessageSujet: Re: Corentin, de Paul Cuvelier   Dim 29 Aoû 2010 - 8:40

on trouve l'intégrale des deux premières prépublications dans le journal tintin sur le site http://www.bellier.org/. La troisième histoire publiée (à savoir Corentin chez les peaux-rouges) est en cours de publication.
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eraserhead
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MessageSujet: 1992 : troisième version   Dim 29 Aoû 2010 - 10:16

La réédition de 1992 (version 3)

En 1992, le Lombard lance une réédition complète de la série, qui s'ouvre sur une refonte étonnante des deux premiers albums en une seule et même aventure ; bien sûr, les points communs, la continuité, peuvent appeler ce choix éditorial, mais ce qui y a présidé semble être une volonté plus commerciale que patrimoniale.

A cette occasion, les deux premiers volumes des aventures de Corentin (respectivement Les Extraordinaires Aventures' et 'Les Nouvelles Aventures') sont répartis sur 3 albums (un de plus à vendre), la numérotation des planches étant alors modifiée.

En fait les deux premières aventures de Corentin constituaient un seul et même récit que Cuvelier élaborait au fur et à mesure. On ne peut pas dire qu'il y a vraiment une fin à l'«Odyssée» et un début aux «Nouvelles Aventures». L'un et l'autre constituaient «L'Extraordinaire Odyssée de Corentin». C'est à des fins de publication qu'à l'époque le Lombard l'a scindé en deux albums de 64 pages. Rééditer Corentin en trois tomes de 44 pages nous paraissait plus sûr, commercialement.
Y. Sente, La Troisième Naissance de Corentin,
article publié par Le Soir, 30 décembre 1992

Mais si les éditions de 1978 avaient été faites à partir d'un album original (les films ayant apparemment disparu lors d'un incendie), cette nouvelle réédition profite du fait que la famille Cuvelier a prêté les planches originales pour permettre un nouveau tirage négatif.

La nouvelle édition conserve cependant le titre apparu lors de la réédition de 1978 (L'Extraordinaire Odyssée) et les pages sont donc renumérotées, pour coller à la scission en trois tomes. De plus le troisième tome contient le lettrage majuscule adopté dans la version 2, alors que les deux premiers tomes avaient subi un 'relettrage' en minuscule, plus proche de l'original.

Petit point sur le lettrage :
la prépublication (dans le journal Tintin) possédait un lettrage manuscrit jusqu'à la planche 15 du tome 2. Ensuite, tout d'un coup, le lettrage était en majuscule d'imprimerie.
L'édition en album semble avoir privilégié un lettrage d'imprimerie minuscule (je m'appuie sur les deux rééditions chez distri-bd).
La version 2 (réédition à partir de 1978) contient un lettrage en minuscule d'imprimerie pour le premier tome (sans doute hérité de la première édition), et un lettrage en majuscules manuscrites nouveau pour le 2e tome.
La version 3 se distingue encore avec un lettrage en minuscules manuscrites pour les 2 premiers volumes (couvrant donc le tome 1 et les 26 premières planches du tome 2), et en majuscules manuscrites pour le 3e volume, proche en cela de la version 2.


Ce ne sont pas les différences les plus importantes, puisque la changement majeur reste une nouvelle fois la couleur : confiée cette fois à Marc-Renier et à sa collaboratrice Marie-Noelle Bastin, les couleurs imposent des dégradés (pour le ciel, notamment) ou des interprétations très différentes de celles proposées par l'édition 1978.

De plus c'est l'ordre chronologique de l'histoire qui est respecté dans cette nouvelle édition, qui fait s'enchaîner L'Odyssée (tomes 1, 2 et 3) au Poignard Magique (tome 4), et rejette Corentin Chez Les Peaux-Rouges en fin de collection (tome 8 ).

Nous avions laissé de côté Le Poignard Magique, évoqué pour son édition de 1963, et n'avions pas parlé de la réédition de 1980. Voilà donc l'occasion de rattraper ce retard, en confrontant les planches des trois rééditions.

Nous avions parlé de cette fameuse planche, à la page 35, qui intervient lors de la rupture de publication dans le Journal Tintin, planche reprise dans la sortie en album dans l'édition originale. La version 2 (rééditée en album en 1980) fait un choix très différent puisqu'elle change le fameux résumé par une sorte de de souvenir attribué à Corentin. Dès lors, l'ordre original est complètement modifié :


VERSION 1 (album)


VERSION 2


La rupture graphique entre les deux parties est alors d'autant plus criante dans cette deuxième version ! (voir page de droite).

C'est cette version, cependant plus fluide en terme narratif qui est conservée la troisième version (1995 pour ce 4e volume) ; cependant les changements de couleur (fort contestables au demeurant) unifient l'ensemble et réussissent à rendre cette rupture d'origine quasi imperceptible.



VERSION 3

Car Le Poignard Magique subit le même traitement en terme de couleurs : la correction est confiée aussi pour ce quatrième tome à Marie-Noëlle Bastin, et les choix effectués sont, comme pour les tomes précédents, très radicaux : la tonalité entière de l'album est ainsi revue, et d'une aventure chatoyante on passe à un ensemble plus terne, plus monotone.

Ce qui reste difficilement compréhensible, c'est que si ces albums, pour lesquels l'éditeur assure une plus grande proximité avec l'édition originale, rejetant ainsi la version 2, pourquoi conservent-ils des défauts apparus dans la version 2, comme la disparition de certains éléments particulièrement signifiants, comme le cri de Corentin à la planche 30 ?


VERSION 1


VERSION 3

Un bilan donc très mitigé pour cette réédition de 1992. Certes, elle permet de retrouver Corentin en forme, mais dans un traitement couleur plutôt rétro, qui montre bien que cette nous sommes en train de lire une bd qui a de la bouteille, et qu'il faut la respecter. Ces nouvelles éditions profitent d'un format plus grand que la normale (24x32), mais rien d'autre que le côté commercial ne jusitifiait le charcutage des deux premiers albums en trois parties, choix qui entraîne, on l'a vu, des modifications malheureuses, et des incohérences (le tout sans explications dans les volumes - en notes par exemple). Ce sont elles cependant qui serviront de matrices aux éditions suivantes des premières aventures de Corentin.


Dernière édition par eraserhead le Jeu 23 Fév 2012 - 13:33, édité 2 fois
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eraserhead
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MessageSujet: Re: Corentin, de Paul Cuvelier   Sam 2 Oct 2010 - 19:20

J'essaie de finir, avec ce message, le tour d'horizon des trois premières aventures de corentin, en évoquant...

Les éditions 'intégrale'


Quinze ans après l'édition de 1992, Le Lombard publie de nouveau cette histoire en lui restituant son titre d'origine dans leur prestigieuse, mais controversée, collection 'millésimes'. Le volume contient l'ensemble des deux premières aventures, mais sous la forme des nouvelles versions recolorisées (version 3 commencée en 1992), et avec une petite perte de qualité générale due à un léger éclaircissement des couleurs (et un retour au format original - A4) : autant dire que cette édition 'millésimes' était bien en dessous des attentes suscitées par la renommée du titre. L'intérêt majeur était bien d'avoir l'ensemble des deux premiers albums réunis en un seul..., mais voilà tout.

À l'intérieur du volume, le découpage choisi était bien le découpage d'origine en deux parties, mais comme l'édition était faite d'après la réédition précédente, on en arrivait à des incohérences dérangeantes : la pagination ne collait plus (on passe de la planche 44 à une nouvelle planche 1 alors que les planches s'enchaînent), et le changement de lettrage adopté pour la version 3, qui passait presque inaperçu entre le volume 2 et le volume 3 se trouve intervenir dans cette nouvelle édition en plein milieu du récit, ce qui produit un effet étonnant ! Alors que l'attente portait sur une véritable réédition des albums originaux, le Lombard servait aux passionnés du réchauffé, et encore moins bien imprimé qu'en 1992.

La dernière édition en date de l'histoire de Corentin, c'est cette intégrale publiée au Lombard, dont le premier tome est sorti au mois de mai 2010, et dont le tome 2 est sorti la semaine dernière.
Le tome 1 contient les quatre premiers volumes de la version 3, conserve le nouveau titrage (hérité de l'édition de 1978), et conserve aussi l'ordre de publication adopté en 1992 : le quatrième épisode présent dans cette intégrale est donc 'Le Poignard Magique' publié originellement en 1963, après 'Corentin Chez Les Peaux-Rouges', sorti en album en 1956.

On le voit, l'édition des premiers albums de Corentin est à elle-même une véritable épopée ! On peut déplorer qu'il n'existe encore aucune vraie édition fac-similé (trouvable) de ces albums mythiques, et que ne ressorte que la dernière version recolorisée, qui, bien qu'elle ait permis à de nombreux lecteurs de connaître l'intégralité des aventures de Corentin (dont moi), a une dimension quasi blasphématoire, comme ont pu l'être les rééditions des Blake et Mortimer, elles aussi durant les années 90.

L'édition en intégrale de tout Corentin (la totalité en 2 tomes – en espérant que les autres séries de Cuvelier, Line en tête, connaissent elles aussi le même traitement) aurait dû faire saliver ! Or on peut surtout déplorer, pour les lecteurs actuels, que cette édition ne précise pas les choix éditoriaux : pourquoi avoir conservé l'édition aux couleurs apocryphes ? Pourquoi surtout ne pas le dire ? Pourquoi ne pas présenter quelques planches dans leur format original.

vignettes extraites du tome 2
version de 1993 :

version de 2006 :

version de 2010 :


Autre déception de taille concernant cette réédition, c'est justement le traitement de la couleur : autant pour le volumes 1 et 3 elle vaut ce qui avait été fait dans l'édition 'millésimes' de 2006, autant le volume 2 subit un assombrissement assez étrange, qui d'ailleurs est gênant dans une lecture continue des albums ; de plus ce traitement plus sombre mange certains détails des vignettes, et ne rend absolument pas hommage au travail de Paul Cuvelier.

Du coup, l'édition la plus agréable reste encore celle de 1992, tant par sa définition que par la taille choisie (légèrement plus grande que les autres éditions), à défaut bien sûr des albums originaux !

Décidément, pauvre Cuvelier, après les éditions pas très heureuses d'Epoxy (2003 et 2009 – éditions du Lombard), son autre chef d'œuvre, dont on parlera dans un prochain message (si le temps le permet) Les éditions du Lombard semblent profiter de leur catalogue, sans véritablement faire un vrai beau travail de conservation patrimoniale : le minimum syndical quoi.

J'essaierai d'évoquer le plus vite possible le tome 2 de cette intégrale...
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MessageSujet: Re: Corentin, de Paul Cuvelier   Mar 26 Avr 2011 - 18:48

Histoire de relancer ma présentation de cette série, quelques documents complémentaires, pour solder les comptes avec le premier volume de l'intégrale :

1. voici une planche tirée de Robin l'intrépide. Cette série, dessinée par Jean Pape est un décalque des premiers Corentin ; elle a été publiée dans l'hebdomadaire Zorro en 1948, et constitue donc une sorte de première mise en couleur des planches de Corentin. Le dessin est quasi identique, en revanche, le texte a été modifié.
Ensuite, dans le même hebdomadaire, la série évolue et se détache des planches de Cuvelier, mais le personnage s'appelle toujours Robin Feldoé.
Cet hebdomadaire grand format propose huit pages de bd (dont 4 en couleurs) à ses lecteurs, composées surtout de série d'aventures mais aussi quelques strips issus de Zig et Puce.
Vous comparerez avec la planche originale (dispo là - http://www.bellier.org/corentin%201/vue2.htm dans sa version journal tintin et plus bas).




2. À signaler aussi que les premières aventures de Corentin ont connu une autre publication que je n'avais pas évoqué : le journal Tintin, à partir de son n°74 (version 'nouveau tintin') du 8 février 1977 republie Corentin, histoire de fêter la nouvelle mise en couleur... mais étonnamment, la première planche est publiée en noir et blanc !

Voilà le texte de présentation, puis les deux premières planches (on constate encore, dans le dernier strip de la 2e, une interjection disparue sous les couleurs).




3. Et si vous avez goût pour les dessins animés français, vous pouvez visionner la série Corentin sur un site de streaming français bien connu... en tapant "corentin dessin animé". Il y a une vingtaine d'épisodes.
Cette série, imaginée par Raymond Leblanc est une adaptation lointaine de l'univers de Corentin, dans laquelle on retrouve les personnages aux prises avec le méchant cousin de Corentin... Un dessin animé télé comme seuls les français ont su les faire ! Je n'ai pas tenu plus d'un épisode !

Le générique sur youtube :



Suite à cette série, le lombard, dans une collection intitulée 'le lombard jeunesse' publie 4 albums sous le titre générique Corentin.




Pour la suite, on décortique le tome 2 de l'intégrale ?


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MessageSujet: le signe du cobra   Jeu 2 Juin 2011 - 15:30

Enfin la suite ! J'imagine l'impatience dans laquelle vous vous trouvez !!
Le deuxième volume de l'intégrale est sorti en septembre et toujours rien ! Voici donc de quoi rattraper ce retard, bien involontaire vous pouvez me croire.

Il va s'agir de survoler ce deuxième volume, mais cette fois-ci album par album, car les questions liées aux différentes rééditions ont été soulevées l'année dernière, et que je me répéterai trop à insister là-dessus : petite clé pour suivre au mieux :
version 1 : c'est l'édition originale de l'album
version 2 : c'est la réédition des années 80
version 3 : la dernière version publiée durant les années 90 (format légèrement plus grand, papier glacé)
L'intégrale (qui compile la version 3), quant à elle, fait le choix d'un retour au format traditionnel, sur papier mat.

Néanmoins, le tour de ce deuxième et dernier volume de l'intégrale de Corentin devrait être plus rapide, car les trois derniers albums ont connu moins de différences dans leurs éditions successives que les trois premiers.

Le signe du cobra.

Il s'est passé près de 10 ans entre la réalisation du Poignard Magique et la sortie du Signe du Cobra, dix ans pendant lesquels Cuvelier a réalisé d'autres séries scénarisées par Greg : Flamme d'Argent – 3 histoires, Line – 4 histoires, et Wapi (1 album, scénario de Benoi). Jacques Acar lui propose en 1965 un scénario court pour une petite histoire de Wapi, puis se lance dans l'écriture de la 5e aventure de Corentin. Cuvelier commence à dessiner en 1966 et l'histoire est publiée dans Tintin...
Grandes nouveautés, contre les canons du genre à l'époque, Cuvelier impose des planches de 3 strips (format qui était celui des premiers albums de Corentin), et l'histoire s'étend sur 44 planches, ce qui réduit l'ampleur du récit par rapport à l'album précédent : est-ce cela, ou est-ce le nouveau scénariste qui fait que ce récit est bien plus fluide que les précédents ?

La secte du cobra sème la panique à Sompur ; Corentin et son fidèle Kim ne tardent pas à découvrir que le ministre félon du Poignard Magique mène la danse, avec l'aide d'un aventurier russe. Nos deux héros vont tout faire pour nuire à cette rébellion, et venir en aide au Rajah, tandis que la belle princesse Sa-Skya les attend au palais, folle d'inquiétude.



Un synopsis assez resserré, qui devient plus politique que pour les précédentes aventures. On reste néanmoins dans une histoire assez traditionnelle, qui laisse une large place à l'exotisme des décors, aux affrontements et autres rebondissements de fin de planche.

On peut compter 4 publications pour cette aventure de Corentin :

1. Le Signe du Cobra est publié dans le journal Tintin de janvier à juin 1967 (dans les n° 952 à 973 en France).

2. Puis, c'est la publication en album dans la collection Jeune Europe du Lombard (dargaud pour la France), une collection à couverture souple, qui compte moins de pages (44) que pour les albums cartonnés (62 ou 64) et donc plus économique. Le papier choisi pour cette collection est très épais et granuleux, mais il affadit les couleurs. L'épisode conserve son titre, Corentin et le signe du cobra.


extrait de la planche 33, album de 1969

3. Ce qui n'est pas le cas lors des éditions suivantes, ou le titre devient Le Signe du Cobra. L'album est réédité en 1982 dans une édition traditionnelle, cartonnée de 48 pages, mais très fidèle à l'édition précédente.


extrait de la planche 33, album de 1982 (retirage 1986)

4. Puis comme toutes les aventures de Corentin, il subit le grand nettoyage des années 90, avec un nouveau traitement couleur de Cécile Vergult pour l'édition de 1996. Cependant, par rapport à la première édition en album, cette nouvelle mise en couleur est bien plus satisfaisante. Plus fidèle que pour les premiers volumes, les teintes restent proches, et les vignettes bénéficient d'une plus grande lumière, sans que cela nuise en général aux traits. La modification majeure sera tout de même le lettrage qui perd malheureusement l'aspect très graphique (assez orientalisant) des minuscules d'origine pour des majuscules neutres. C'est cette édition qui sert de source pour l'intégrale récente, publiée en 2010.


extrait de la planche 33, intégrale de 2010


Dernière édition par eraserhead le Sam 13 Aoû 2011 - 11:29, édité 1 fois
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eraserhead
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MessageSujet: Re: Corentin, de Paul Cuvelier   Sam 13 Aoû 2011 - 11:10

Le Prince des Sables

Je profite de cette période estivale pour compléter ma chronique...


Corentin et Kim sont surpris en pleine baignade par les hommes d'un étrange personnage, qui s'empresse d'enlever Kim, et de se débarrasser de Corentin ! Notre ami aurait fini vendu comme esclave, dans une posture bien terne, si son acquéreur n'avait pas été un vieillard magicien, qui s'empresse de le libérer en plein désert. Pris par des hallucinations, Corentin arrive tout de même au repaire du vieil homme, qui le charge d'une mission dangereuse : délivrer Zaïla, sa petite fille. Corentin s'acquitte de la mission haut la main, durant laquelle il rencontre Khaleb, un jeune arabe qui peut le mener à la Cité du Prince des Sables. Persuadé d'y retrouver Kim, Corentin abandonne ses nouveaux amis...


extrait de la première planche, publiée dans le journal tintin n°1037

Cet album reste l'une des meilleures histoires de la série : elle conserve la dimension d'aventure exotique des premiers titres, elle est dynamique, ne s'éparpille pas malgré l'aspect rocambolesque, et surtout contient quelques unes des plus belles cases de Cuvelier. L'aspect merveilleux de l'épisode central annonce le fantastique de l'album à venir, et Zaïla remplace avec plus de densité, de mystère et d'audace le personnage bien sage de Sa-Skya, qui disparaît étonnamment de la série. C'est que Corentin grandit. Il aurait été difficile de faire naître une amourette entre Corentin et Sa-Skya, présentée comme sa sœur en fin de volume précédent. C'est qu'on est en 1967 quand l'écriture de cette aventure débute, et qu'il est grand' temps de faire évoluer ses personnages, afin de coller à l'esprit du temps. C'est surtout que pour cet album, Cuvelier s'est doté d'un nouveau scénariste, une jeune recrue qui lui a déjà fourni une histoire plus proche de ses préoccupations plastiques, à savoir Epoxy, publiée chez Eric Losfeld, et dont nous aurons peut-être l'occasion de parler une fois cette chronique bouclée. Van Hamme (puisque c'est de lui qu'il s'agit, sous l'orthographe J. Van Ham) prévoit au départ deux albums de Corentin, mais, à la demande de Cuvelier, qui fatigue de la bande dessinée, il les condense en un seul (d'où la densité, d'où les deux épisodes assez distincts, et d'où aussi l'impression diffuse que les nouveaux personnages ne sont pas assez creusés peut-être).


extrait de la planche 18, édition originale 1970

Publiée entre le 12 septembre 1968 et le 30 janvier 1969 dans le journal Tintin (n° 1037 au n° 1059 pour la parution française), cette histoire est reprise ensuite en album. C'est la seule à connaître une réédition intermédiaire entre son édition originale dans la collection jeune europe du Lombard et les rééditions des années 80.
Elle est donc publiée en 1970 dans la collection jeune europe, comme la précédente aventure (le Signe du Cobra) ; cette collection peu chère, à couverture souple, ne valorise pas les histoires qu'elle contient, nous l'avions dit pour Le Signe du Cobra : les couleurs sont ternes, assombries par rapport à la version publiée dans le journal Tintin, et le nom du scénariste est oublié.


extrait de la planche 18, édition 1974

La réédition de 1974 propose une version légèrement plus proche de l'original, les planches étant un petit peu éclaircies, mais rien de bien remarquable (à part bien sûr la qualité du papier).
Différence étonnante : la numérotation des planches est gommée, ce qui provoque parfois des manques dans les zones colorées. C'est aussi dans cette édition que réapparaît la mention du nom de Van Hamme.

Rien de plus à dire sur la nouvelle version de 1996 (reprise dans l'intégrale) : des choix de teintes toujours discutables (bien plus que pour l'album précédent en général), des traits plus épais, qui nuisent aux détails du dessin, les très beaux lettrages d'origine sont refaits avec de vulgaires majuscules... bref, pas loin d'une hérésie.


extrait de la planche 18, intégrale 2010

À suivre la dernière aventure de Corentin (Le Royaume des eaux noires), puis le dernier volume de la collection consacré à cette sorte de hors série qu'est Corentin chez les peaux-rouges.


Dernière édition par eraserhead le Sam 13 Aoû 2011 - 11:20, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Corentin, de Paul Cuvelier   Sam 13 Aoû 2011 - 11:12

pale (une erreur...) je n'arrive pas à supprimer ce message
scratch comment on fait ?
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MessageSujet: allez, plus qu'un !   Mar 14 Fév 2012 - 12:12

Le Royaume des eaux noires.


Kim a perdu la raison dans l'aventure précédente, empoisonné. Même Narrédine, le magicien et grand père de Zaïla n'y peut rien. Corentin part alors à la recherche du mage Hassan Midani, maître en magie noire, prisonnier de Chaïtan, un être mi-lézard mi-homme. Depuis le fond du lac noir, cet être dont le père est venu des étoiles projette d'asservir la planète.

On rappelle aimablement à nos fidèles lecteurs que le scénariste des deux dernières aventures de Corentin, c'est Jean Van Hamme : ils s'étonneront moins de la proximité entre Chaïtan et un autre grand méchant de la bd, à savoir Ogotaï... et se diront que Van Hamme radotte un peu.


Publié dans le journal tintin en 1973, Corentin retrouve les honneurs de la couverture du magazine, ce qui n'était pas arrivé depuis Le Poignard Magique, dix ans plus tôt ! C'est le cas en Belgique, mais par pour la France : Tintin y est désormais sous-titré « L'Hedboptimiste » et a d'autres préoccupations que Corentin, entre les chanteurs et pilotes automobiles à la mode.

Le Royaume des eaux noires, c'est l'apothéose, le cadeau aux lecteurs fidèles ; même si l'album est moins brillant que le précédent, même si les transformations ne sont pas nouvelles, il s'agit ici d'une sorte d'aboutissement. Corentin est grand, les préoccupations ne sont plus les mêmes, et Van Hamme pousse cette évolution encore plus loin : après avoir à peine conté fleurette dans le tome précédent, il s'agit presque ici de former un couple : l'honneur reste sauf, et en plus Corentin se fait éconduire par Zaïla. Le rôle de la femme dans l'album en est le thème central : à plusieurs reprises, il est question d'« affaires d'hommes », et Zaïla doit prouver, tout au long de l'aventure, qu'elle y a sa place, qui est en fait celle du protagoniste. Cela fait bien rire les brigands du désert, et Corentin, qui n'y croient pas. C'est elle cependant qui tient les rènes.


Puis, graphiquement, Cuvelier s'en donne à cœur joie ! Mouvement, corps exposés, poses classiques, chaque case tend vers une perfection remarquable, mais qui fige bien sûr encore la lecture. On sent désormais en permanence dans Corentin le peintre contraint, bien plus que dans la série Line (le dernier volume de cette série montre le personnage qui a bien grandi lui aussi, en 1973). La scène finale de la chute d'eau donne prétexte à Cuvelier de dessiner son personnage totalement nu, ce qui, dans les pages du très moral journal Tintin, représente une véritable évolution.

Alors oui, le récit est un condensé de clichés, l'affrontement du bien et du mal, magie noire contre magie blanche... un récit qui, même dans sa structure, ressemble à un cas d'école, en deux parties, avec la quête pendant 22 planches, qui se termine par une chute dans l'eau, puis la fuite, pendant 22 planches, qui aboutit à une chute d'eau de laquelle on s'échappe par les airs. Van Hamme a le mérite au moins de faire quelque chose qui se tient, bien loin des péripéties parfois rocambolesques des premiers épisodes, mais dont la saveur réside plus dans le recul qu'il prend avec la série (Corentin qui dit « je vais droit devant moi, au hasard »), et par l'apport, nous l'avons vu, de thèmes qui sont en plein dans l'air du temps.


C'est donc la belle Zaïla, dont on attendait l'inverse, qui renvoie Corentin auprès de Sa-Skya (que nous ne verrons plus), à Sompur : prêt pour de nouvelles aventures ? Malheureusement, Cuvelier en décidera autrement. Motivé par l'éveil à l'âge adulte de Corentin, Cuvelier sera néanmoins désarçonné par la dérive fantastique imposée par Van Hamme, qui finit d'éloigner Cuvelier de son personnage.

De toute façon, la suite de l'aventure, Cuvelier l'avait déjà racontée, dans la préface de Corentin chez les peaux-rouges : ils (Corentin et Sa-Skya) se marièrent et eurent un enfant. L'éloignement de Cuvelier et de Van Hamme laisse dès lors la place à Jacques Martin, qui projette un scénario pour la série depuis longtemps : il est censé s'appeler Corentin et l'Ogre Rouge, et Cuvelier s'y attelle en 1973, mais se lasse, et délaisse le projet. Jacques Martin se réappropriera l'histoire et en fera Les Proies du volcan, dans la série Alix.



d'où vient cette idée de culotter Corentin de rouge ? - réédition de 1997

Il existe trois éditions du Royaume des eaux noires : la publication du journal Tintin se trouve reprise en album au mois de septembre 1974 au Lombard (collection cartonnée) et Dargaud pour la France ; l'album est ensuite réédité en 1986, puis subit le grand toilettage des années 90 (album publie en 1997), réédition qui est reprise dans le volume de l'intégrale récemment publiée au Lombard : encore une fois, les couleurs choisies par Cécile Vergult sont une libre réinterprétation de l'album original, et les textes perdent toute leur saveur avec les caractères de 1997 : Zaïla crie mieux dans l'édition originale !


réédition de 1997

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MessageSujet: Re: Corentin, de Paul Cuvelier   Dim 19 Fév 2012 - 20:59

Corentin chez les peaux-rouges



Corentin part sur les chemins de l'ouest américain avec sa mère pour retrouver son père. Malheureusement, le fort qu'il dirigeait a été détruit, et l'homme a disparu. Notre infortuné héros, au prise avec des colons malhonnêtes et violents est recueilli par Bison Noir et sa fillette, Wakita, qui devient vite la compagne de jeu de Corentin. Tandis que sa mère soigne les indiens, Corentin apprend les rudiments de la vie des peaux-rouges.

Corentin chez les peaux-rouges porte bien son titre. Il n'y aurait pas grand'chose de plus à en dire. C'est, comme les deux albums précédents, une suite ininterrompue de rebondissements et d'aventures, avec le fil conducteur de la quête du père, soit symbolique (le sage Bison Noir), soit biologique. Quand je dis les deux albums précédents, il faut bien comprendre les deux premiers albums de la série, car, je le rappelle, Corentin Chez Les Peaux-Rouges est le troisième 'corentin' de Cuvelier, publié en 1956 au Lombard.

Mais que peut bien aller faire notre héros breton, que nous avions laissé près de la jeune Sa-Skya et de son père, Maharadjah de Minpore au XVIIIe siècle, dans l'ouest américain en pleine conquête de l'ouest ? Les lecteurs attentifs auront noté l'anachronisme, et leur connaissance géographique leur indique que Corentin a dû voyager bien longtemps pour arriver à la première case de cet album.

C'est que les lecteurs du journal Tintin, à l'aune des années 50, réclament du western, et le journal n'en a pas. Chick Bill n'arrivera que quelques années plus tard. D'où l'idée de demander à Cuvelier, qui termine son 'odyssée', d'enchaîner immédiatement sur un western. Corentin sera, pour ce faire, le petit fils de Corentin. Le tour est joué, la famille voyage, un peu à l'instar de ce que feront les Timour dans Spirou.
Passionné par les chevaux, Cuvelier accepte le défi et l'aventure est publiée quasiment dans la continuité des deux premiers albums, dans le journal tintin en 1949 et 1950.


Deux changements majeurs se produisent néanmoins : Cuvelier adopte une mise en page sur quatre strips, et la série gagne du grade en étant publiée en dernière page du magazine, donc en couleurs. Mais ces deux changements contraignent Cuvelier quant au dessin, puisque la taille de chaque vignette est moindre (il travaille cependant sur un plus grand format original) et la mise en couleur lui fait perdre la possibilité du lavis, utilisé sur les deux premiers albums. La mise en page lui permet cependant certaines variations (des cases plus grandes s'étalant sur deux strips) qu'il se permettra, rarement tout de même, par la suite.

Est-ce que ce sont ces changements ? Est-ce que Cuvelier se sent moins libre dans l'ouest américain, toujours est-il que l'unité graphique de l'album se perd petit à petit, pour arriver vers la fin à des pages quasiment bâclées, qui montrent l'envie d'en finir vite. C'est dommage, car le récit se tient, car Cuvelier a fourni un travail de documentation fouillé, et que l'univers développé est d'une grande cohérence. L'influence de l'évolution du western se fait sentir, et l'on est bien plus proche de La Flèche Brisée que d'un John Ford. Les indiens sont un refuge, dont les règles reposent sur le respect de l'autre et de la nature, alors que les cow-boys sont des brutes vulgaires et sans merci, sans morale.
Cuvelier reviendra au western avec une série ultérieure, Wapi.

Heureusement que cette peinture politique tient la route, et que l'héroïne Wakita apporte toute la fougue et le dynamisme nécessaire à l'histoire, car Corentin le petit fils est plutôt terne et mièvre, portant un regard souvent peu pertinent et naïf sur ce qui l'entoure : une drôle de façon de refléter le lectorat du journal !


version journal Tintin - 1949

Il est fait mention de la participation d'Albert Weinberg au scénario (sur bedetheque notamment), mais cela n'est pas confirmé par la monographie de Philippe Goddin, ni par la publication dans le journal tintin : peut-être cela est précisé dans l'édition originale, mais n'y ayant pas eu accès, je ne peux en attester.
Comme pour les aventures précédentes, il existe plusieurs éditions de cette histoire : le journal Tintin la publie donc du 8 décembre 1949 au 30 novembre 1950 (un peu plus tôt, en décalé, pour la Belgique). C'est pour cette histoire que Cuvelier produire ses plus belles couvertures pour le journal.
La première édition en album ne reprend malheureusement les couleurs qu'une double page sur deux, occurant ainsi sur certaines planches, pensées en couleur rappelons-le, une vraie déperdition. C'est l'un des albums de la série les plus difficiles à dénicher (en tout cas l'un des plus côtés).
L'album sera republié dans l'hebdomadaire tintin dans les années 80 (comme ses deux prédecesseurs) puis en album. Il aura les honneurs de la collection 'luxe' du lombard de l'époque (la collection bédingue). Les couleurs y sont très, trop foncées, dénaturant souvent les tons de la publication originelle. De plus, les textes y sont réécrits, un peu dans l'esprit de ce que Cuvelier avait proposé sur les planches originales, alors que pour la publication tintin des années 50, on avait choisi de dactylographier les textes.



version bédingue - 1985

Une fois n'est pas coutume, l'édition finale de l'album en 1998 (reprise dans le 2e volume de l'intégrale en 2010) n'est pas catastrophique. Le texte y est encore une fois grossièrement écrit, mais les couleurs sont moins choquantes que pour les albums, même si elles affadissent quand même l'ensemble. Reste toujours cette interrogation fondamentale : pourquoi la coloriste s'évertue-t-elle à culotter Corentin de rouge en permanence, contre tout respect des albums originaux (ou il est souvent, à l'instar d'Obélix en bleu) et ce, même pour le petit fils ?


version 1998 reprise dans l'intégrale - 2010

À noter que ce deuxième volume de l'intégrale livre l'histoire telle quelle, sans aucune page de présentation, d'explication (alors que c'est le cas dans chacune des publications antérieures) : on remercie vivement Le Lombard de susciter ainsi la curiosité des nouveaux lecteurs qui se trouveront obligés de faire des recherches pour comprendre et la différence graphique, et la rupture spatio-temporelle.
Peut-être ainsi tomberont-ils sur cette chronique, qui j'espère, répondra à leurs questions, et leur donnera envie de mettre le nez dans les albums originaux.
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MessageSujet: Re: Corentin, de Paul Cuvelier   Lun 20 Fév 2012 - 16:54

Merci Eraserhead. C'est très intéressant !
Si d'autres bonnes volontés se manifestaient pour faire ce genre de présentation, ça pourrait donner une certaine envergure à notre bon vieux forum.



Pour ma part je en me sent pas au point...
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MessageSujet: Re: Corentin, de Paul Cuvelier   Jeu 23 Fév 2012 - 13:38

pour ce qui est d'être au point, je ne sais pas si c'est le cas, pas mal de zones d'ombre restent, et puis, il s'est surtout agi de recherches au fur et à mesure de l'écriture (à savoir sur près de deux ans, ça laisse le temps).
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MessageSujet: Re: Corentin, de Paul Cuvelier   Jeu 1 Mai 2014 - 8:33

Une excellente nouvelle ! (mais un peu chère, et qu'on ne peut que trouver par le site de l'éditeur)
avec une nouvelle retouche du texte, notamment de la typo !!! (mais pourquoi !!??!!)

http://www.actuabd.com/Philippe-Capart-Le-premier
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