Il a tué. Par jalousie. Acteur à la manque, il ne supportait plus la supériorité de Kadarn, son rival. La troupe préparait une pièce pétrie de mythologie celtique, dans laquelle il devait interpréter Loki, dieu traitre dans la mythlogie nordique. Et tout se mêle quand, pour fuir son crime, Cythraul se retrouve perdu dans la lande bretonne, croisant d'étranges personnages, et une humble famille de paysans abritant un vieil homme à l'article de la mort.
La caverne du souvenir est un album charnière dans la carrière d'Andréas. Un album mal aimé, mais charnière.
Avec La Caverne du souvenir, Andreas change de manière. D'encrages classiques et prépondérants, il passe à un traitement couleur beaucoup plus léger, abandonnant le trait à l'encre noire pour travailler directement la couleur. Une couleur époustouflante, qui se charge d'une dimension narrative très grande, et qui participe à fond à l'ambiance tantôt inquiétante, tantôt onirique.
Le récit de La Caverne du souvenir est embrouillé, alambiqué, sans doute moins profond que les premiers récits d'Andréas, ce qui causera le manque d'enthousiasme à propos de cet album ; Andréas s'affranchit un temps de l'influence Lovecraftienne qui prévalait dans les deux premiers Rork, dans Cromwell Stone ou Cyrrus.
Néanmoins, il est question de passage dans La Caverne du souvenir, thème central de l'oeuvre d'Andréas. D'un passage dans le monde des légendes, ou le monde des morts : dans une séquence centrale du livre, Cythraul assiste au passage de la rivière par un troupeau de moutons. Magnifique séquence qui symbolise sa duplicité, mais aussi le passage dans l'au-delà qu'il est en train de vivre.
Le poids de la mythologie celtique est très lourd sur cet album : Andréas s'en dédouane en assurant qu'il s'agit d'une commande du Lombard pour la collection Histoires et Légendes, et qu'il a beaucoup lu sur cette mythologie et régurgité le scénario sans doute sans trop de recul. On peut cependant y voir un récit remarquablement construit et équilibré, qui tourne autour de cette notion de passage, s'appuyant sur la technique du récit enchâssé déjà à l'épreuve dans Passages (le deuxième Rork).
Mais la grande réussite de La Caverne du souvenir, c'est le travail de mise en page, dans lequel Andréas se dépasse, inventant quelques unes de ses planches les plus étonnantes, et qui déteindront par la suite dans ses albums, notamment dans la série Rork.
Le récit de la pièce de théâtre, qui constitue le cœur du récit oscille entre planches déséquilibrées et cases en cercles concentriques.
La Caverne du souvenir est publié dans un premier temps dans le Journal Tintin, en longs récits en 1983 et 1984.
Ils sont regroupés en albums en mars 1985, dans la collection histoires et légendes (c'est dans cette collection que l'album est réédité en 1991).
Malgré son écho plutôt défavorable, La Caverne du souvenir a été réédité en 1998 en album simple, toujours par Le Lombard. Mais le tirage est vite épuisé, et c'est donc une nouvelle édition qui est proposée ces jours-ci, dans la collection signature.
Le service minimum est assuré, l'album est de belle facture, mais les trois pages de la préface et l'illustration qui les suivait dans l'édition originale ne sont pas reprises. Sans doute que le ton un peu poétique et l'abondance de références bretonnantes n'est pas pour rien dans cet oubli !
lire le début :
http://www.lelombard.com/bd-en-ligne/caverne-souvenir,3055