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 Un certain Cervantès de Lax

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fred
Comité de sélection du Sheriff d'or
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MessageSujet: Un certain Cervantès de Lax   Lun 29 Juin 2015 - 9:04




Christian Lax n'est pas auteur à se reposer sur des acquis dont d'aucuns s'enorgueilliraient. Une longue expérience de professorat à l'école Émile-Cohl de Lyon et surtout une carrière de plus de trente ans dans la bande dessinée inciteraient le plus humble à se sentir baron. Lax, lui, ne reste jamais en place. Il cherche toujours de nouveaux champs à explorer, à défricher, et à tenter de s'approprier.

Ayant fait ses classes chez Glénat dans des registres différents comme le polar, l'humour, la BD historique, il a toujours surpris en remettant régulièrement en question son savoir-faire et en évoluant au gré de projets élaborés seul ou avec la complicité d'un scénariste. Le changement le plus significatif s'est opéré en fin de siècle, lorsqu'à l'occasion du diptyque Azrayen il a refondu son style graphique, abandonnant l'académisme et la rondeur de son dessin pour épouser un trait incisif, anguleux, d'un dynamisme sauvage, devenu depuis une signature. Quelques années après, pour L'Aigle sans orteils, il a repensé l'approche de la couleur en mettant au point un système original d'utilisation des fonds de papiers colorés destinés à la photocopie. Avec Le Choucas, c'est la façon d'entrevoir scénario et dialogues qui a fait les frais du chantier : le ton qui découle de cette réflexion colle au mieux à l'idée d'une série policière imaginée pour rendre hommage aux romans de la Série Noire. Derrière le personnage du Choucas se cache un détective atypique, confronté à des enquêtes qui ne sont que prétextes à une déambulation drolatique, et une liberté de langage qui doit au sens de la formule de l'auteur.

Un certain Cervantès rappelle cette verve magnifique du Choucas. Lax campe de nouveau un personnage hors du commun vivant à contre-courant de la marche du temps, dans un registre à la fois dénonciateur et décalé. L'histoire de Mike Cervantès, citoyen états-unien, le verra tour à tour cow-boy pour touristes, militaire, otage des talibans en Afghanistan, repris de justice, avant qu'il prenne goût à la littérature et se sente des affinités avec son presque homonyme écrivain espagnol, lui aussi vétéran des croisades, et surtout avec son personnage fameux de Don Quichotte de la Manche. Pourfendeur des meuniers de moulins à vent modernes tels que ceux qui appliquent à la lettre la censure dans les bibliothèques, la société autofliquée des réseaux sociaux, ou bien les profiteurs de la crise des subprimes, le Cervantès américain voit souvent rouge et traîne derrière lui des boulets que le FBI aimerait bien lui attacher aux chevilles.

Cette fois, le renouvellement artistique s'est traduit par un format devenu classique chez son éditeur, mais inédit pour Lax, et par un traitement des contrastes élaboré en niveaux de gris, incluant des touches bleutées et dorées dans les plans des grands espaces. Pour  le second point, il va sans dire que tout est fait à la main, si l'on considère les envolées lyriques du héros contre tout ce qui touche de près ou de loin à un ordinateur comme étant soufflées par le maître lui-même. Et « roman graphique », donc, si tant est que la dénomination ait encore une signification ; un marathon de deux cents pages qui constitue une première pour un Lax qui s'empare de la distance avec autorité et une parfaite maîtrise des ellipses, faisant alterner la fureur et les scènes de contemplation mélancolique avec un sens aigu du rythme et des enjeux narratifs propres à une tragicomédie d'incarnation fortuite devenue habitée au cours d'un procédé habile de mise en abyme.

L'habillage lorgne évidemment les westerns de l'âge d'or hollywoodien, celui des grands espaces filmés par Ford ou Hathaway, et, connaissant un peu Christian, je suis certain qu'il a pris grand plaisir à effectuer de vrais repérages – vous aviez compris que Google n'était pas son ami – du côté du Grand Canyon ou de Monument Valley.

Sous le couvert de l'excentricité d'un personnage qui occupe tout le champ et retranché derrière la virtuosité des dialogues et de la mise en scène, Lax met l'air de rien le doigt sur les dérives d'une société occidentale recroquevillée sur des certitudes minuscules qu'elle tente d'imposer au monde et, grâce à son personnage déglingué (ou ressuscité), il se moque avec délectation des gardiens blafards de la suffisance.




Dernière édition par fred le Sam 4 Juil 2015 - 9:34, édité 1 fois
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Can
Comité de sélection du Sheriff d'or
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MessageSujet: Re: Un certain Cervantès de Lax   Mar 30 Juin 2015 - 19:44

A la fois sobre et imposant, le nouveau livre de Christian Lax se révèle au bout du compte très efficace.
On sent le professionnel qui ne laisse rien au hasard et qui maitrise totalement son propos et son art.
Cette histoire se digère sans aucune difficulté malgré la longueur de l'aventure.
Pourtant, après plusieurs jours de lecture, je n'en garde pas forcément une trace très profonde comme si la justesse manquait finalement de ce supplément d'âme permettant vraiment à ce titre de se distinguer, cela me dérange un peu d'autant que L'aigle sans orteils ou Azrayen sont encore bien imprégnés en moi, malgré les années qui sont passées depuis.
Je trouve que le format proposé par l'éditeur n'est pas des plus adapté, le dessin sauvage de Lax souffre d'un espace insuffisant, parfois trop resserré et étriqué dans les cases, les textes sont souvent renvoyés à la ligne, ce qui crée une désagréable sensation à la lecture.
Le personnage de Cervantès est très intéressant et réussi, même si son côté indigné, un brin moralisateur peut parfois agacé.
Lecture au final agréable mais pas franchement inoubliable.
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Joco
Comité de sélection du Sheriff d'or
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MessageSujet: Re: Un certain Cervantès de Lax   Mar 30 Juin 2015 - 21:12

Bravo, Fred, on sent bien tout l’intérêt pour cet auteur et pour ce livre dans cette belle chronique. Rien de très pertinent à ajouter après ça. C'est un livre que j'ai profondément aimé. Qui m'a interpellé sur bien des points et qui, et ce n'est pas rien, m'a donné envie de lire.

Can a écrit:
les textes sont souvent renvoyés à la ligne
C'est un peu un principe de l'écriture, non ? Je ne comprend pas se que tu veux dire.
Je ne te suis pas non plus sur tes autres critiques. Si ce livre manque d'un supplément d’âme, alors très peu en ont. Par ailleurs, je trouve le format parfaitement adapté car l'auteur a considérablement réduit le nombre de cases par planche et se permet du coup de nombreuses illustrations pleines pages magnifiques.
Et pour finir, je ne vois pas comment tu peux trouver ce Cervantès moralisateur, lui qui ne respecte que de très loin les usages et qui fait tout valser à la première occasion. C'est un révolté un brin anarchiste et son côté indigné m'a aussi beaucoup plu.

Il ne faut pas te sentir obligé de critiquer parce que ce livre est sortie chez " l'éditeur que tout le monde adore ici ". De toute façon, ce livre est déjà disqualifié pour le Shériff, trop classique, chez le mauvais éditeur, par un auteur français connu, repêché du mois précédent et qui fricote même avec l'adaptation. Bref, il a tout faux !
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Airmic
Comité de sélection du Sheriff d'or
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MessageSujet: Re: Un certain Cervantès de Lax   Mer 1 Juil 2015 - 14:06

Lax ne nous propose pas seulement ici sa critique et son écœurement de la société moderne.

Il nous montre son intérêt pour la nature américaine, ses grands espaces et sa culture depuis la Californie jusqu’au mythique hôtel Chelsea de New York à travers le roadtrip d’un fugitif qui tente d’échapper et de combattre cette société qui peu à peu oublie ces valeurs.



Grand Canyon - Arizona



Le Sonora - Arizona



Les Géants - Monument Valley - Arizona/Utah



Hôtel Chelsea - New York
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Can
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MessageSujet: Re: Un certain Cervantès de Lax   Dim 12 Juil 2015 - 9:06

Joco,

Je parlais des mots pour être précis et pas du texte, tu as fais bien de me corriger.
Je te trouve un brin ironique quand au choix du comité et c'est bien dommage que tu n'es pas pu venir défendre ce livre pour la sélection de mai. Il n'était pas loin d'avoir sa chance, on a fait cela de façon démocratique et si je me souviens bien cela s'est joué à une voix.

Après loin de moi de critiquer pour critiquer, surtout vis à vis de cet éditeur dont je suis un des plus fervents clients, après on est sans doute plus exigeant avec un auteur comme Lax qu'avec un jeune premier pour lequel on passe plus facilement l'éponge sur les défauts relevés.
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