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 Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin

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fred
Comité de sélection du Sheriff d'or
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MessageSujet: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Mar 10 Fév 2015 - 17:11




Matthieu Blanchin a vécu une expérience que personne ne voudrait partager ni ne souhaite à ses meilleurs ennemis : il revient d'entre les morts !

Auteur de bandes dessinées autobiographiques publiées chez Ego Comme X, c'est après un long intermède biographique de trois cent soixante pages consacrées à Martha Jane Cannary et avec une intention documentaire qu'il revient au récit à la première personne, récit qui prend ici valeur d'exutoire.

Le week-end même du cataclysme électoral d'avril 2002 et de l'anniversaire de sa fille, Matthieu est pris de maux de tête irrépressibles qui vont le faire admettre aux urgences de l'hôpital Lariboisière de Paris. L'attente est longue et terrible. Plus qu'un dimanche traditionnel, c'est un dimanche d'élection, et la boutique tourne avec un service minimum. En outre, le médecin qui finit par prendre en charge Matthieu ne décèle pas immédiatement l'attaque cérébrale dont il est victime et qui l'a plongé dans le coma. Ce n'est qu'après de longues heures et sur l'insistance de sa femme auprès des services hospitaliers (et même un coup de téléphone d'un cousin) que la décision désespérée de recourir à une trépanation est prise. On vient de se rendre compte de la mort cérébrale du patient… Il s'avère que le coma est consécutif à une hémorragie causée par une tumeur, forme de ramification du cerveau. Il faudra une dizaine de jours à Matthieu pour en sortir… et toute une vie pour réapprendre.

C'est à cette nouvelle vie que Blanchin convie le lecteur, à un cheminement vers la sagesse à travers une appréhension différente de ses propres sensations et de la perception du monde. Il aura fréquenté tout ce que la médecine officielle et parallèle peut compter comme spécialistes ; il aura accompli un gros travail de mémoire en notant scrupuleusement les détails des cauchemars engendrés par le coma et les traitements médicaux ; il aura testé l'opiniâtreté de ses lecteurs et leur capacité à le suivre au-delà de l'âpreté déstructurée du récit initial de ces cauchemars-là ; surtout, il aura compris et accepté la dimension psychologique de toute chose, la somatisation liée aux traumatismes les plus enfouis ; et enfin, il aura appris à surmonter les épreuves grâce aux techniques apprises çà et là au cours de son odyssée postopératoire.

Ce qui résulte de l'œuvre et s'en détache, hormis la force et la dimension extraordinaires du témoignage, c'est la sincérité d'un homme qui progresse, fait face, et a décidé malgré tout d'être heureux. Un état d'esprit amusé, parfois narquois, qui transparaît dans le traitement graphique du récit qui souvent relève de la bande dessinée humoristique : personnages déformés, exagération du mouvement, lignes de vitesse à gogo, prolongement symbolique d'un état, d'une sensation… Matthieu a construit sa bande dessinée autour de la forme qu'il connaît le mieux et avec laquelle il a accompagné Calamity Jane par monts et par vaux, celle d'un trait charbonneux rehaussé de lavis, reconnaissable entre mille, comme l'est son lettrage rond et enfantin tracé scrupuleusement à la plume, et qui exprime avec une grande justesse la noirceur d'un couloir d'hôpital et l'insécurité d'un homme qui sait qu'il peut être à tout moment victime d'une crise d'épilepsie.

Avec Quand vous pensiez que j'étais mort, Matthieu Blanchin signe une bande dessinée atypique, étonnante, un voyage autocentré à nul autre pareil dont la lecture ne peut laisser insensible tant l'auteur s'y dévoile avec une honnêteté pudique et implacable. En s'ouvrant à lui-même, il parvient à nous faire ouvrir les yeux sur nous-mêmes et le voyage auquel il nous invite n'est autre que celui de l'acceptation intérieure tournée vers l'harmonie universelle.




Dernière édition par fred le Jeu 12 Fév 2015 - 18:46, édité 1 fois
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Can
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Mar 10 Fév 2015 - 19:04

Je n'ai que survolé ta chronique car je suis en pleine lecture de ce titre, j'avoue avoir du mal à rentrer dans les méandres de l'auteur, certains passages sont dur à digérer, je trouve le récit vraiment très introspectif et ne ressens pas les sensations ou l'harmonie universelle délivrées, il me reste la moitié de l'album pour inverser mon jugement.
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feufollet
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Mar 10 Fév 2015 - 21:26

Je confirme que cet album est une épreuve pour le lecteur dans sa première partie, faite de méandres difficiles à démêler.
Il faut persévérer pour atteindre la deuxième partie, qui, du coup, est comme une bouffée d'air pur après une asphyxie...Mais alors on s'éloigne aussi de l'expérience en tant que telle du coma pour accompagner l'auteur dans son cheminement de guérison, naviguant d'une médecine à une autre, et remontant le long fil de l'insconscient...
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feufollet
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Mar 10 Fév 2015 - 21:35

Et je n'arrive pas à savoir si j'aime ou pas ... C'est très dérangeant Question Ca mérite une relecture !
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Joco
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Mar 10 Fév 2015 - 21:38

Effectivement, c'est un livre qui ne peut être apprécié que dans sa globalité. Il faut traverser les ombres avant que la lumière ne revienne. Il faut arriver au bout pour vraiment y trouver de l’intérêt. Un intérêt profond et sincère qui te touche au cœur. Le chemin est parfois long et périlleux mais il vaut la peine d'être parcouru et quand la lecture se termine, on ressent le besoin de faire une fois encore l'expérience car il y a encore des zones d'ombre, mais pas tout de suite, il faut déjà digérer tout ça.
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Fred Somda
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Mer 11 Fév 2015 - 9:01

J'ai eu l'impression d'entrer dans cette Bd comme on pénètrerait les eaux d'un lac de montagne par un trou de glace.. Une fois immergé, les repères se perdent, écartelé entre des profondeurs où le corps semble se dissoudre et une surface plus lumineuse mais que l'on ne rejoindra que dans les dernières pages.
Je ne sais pas si le propos de l'auteur se situe plus dans le récit de son coma ou dans son le chemin pour sa renaissance, après. Quand pensait on qu'il était mort, perdu pour la vie? Pendant, ou après son accident?
La chronologie et l'espace, les corps sont diffractés au fil des cases et rendent la lecture de cet album parfois difficile. L'aventure n'est ni légère, ni anodine. Mais elles illustrent avec un talent intime le lent pas à pas d'une reconstruction.
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Erine
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MessageSujet: j'ai adoré !   Ven 13 Fév 2015 - 13:18

D'abord merci Fred pour ce très beau texte ... J'ai trouvé cette bd très forte et elle m'a presque envoûtée ... L 'autobiographie est capitale, comme une adaptation de la maladie. Il a quand même subi une trépanation, ce qui n'est pas rien. Et la guérison est révélée par le talent de Matthieu Blanchin. Le dessin noir et blanc est génialement brouillon, sans doute à l'image de son désordre psychique chaotique. Le texte est dense et nous plonge dans l'absurdité de l'irréel (vision du coma). C'est un témoignage fort et poignant, à l'attention d'un lecteur qui forcément compatit, sans se sentir dans une position de voyeur, et qui semble partager l'expérience d'un malade ressuscité.
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Manue
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Ven 13 Fév 2015 - 14:41

J’ai lu ce livre d’une manière assez fragmentée, ce qui m’a sans doute permis de l’apprécier sans difficulté, de plus le sujet me paraissait assez intriguant … je me suis laissée prendre par ce récit haletant, et je trouve la manière dont l’auteur le raconte totalement adaptée à son expérience, on est bringuebalé, secoué, malmené comme lui, avec lui, et l’on ne peux qu’avoir envie de savoir quelle sera l’issue de ce terrible voyage. Graphiquement, c’est intéressant aussi, un petit détail nous fait basculer du réalisme au surréalisme, l’auteur joue avec les dimensions dans et hors les cases , j’ai beaucoup aimé les scènes de paysage ( p .134), échappées salvatrices, qui m’ont évoquée la peinture à l’encre chinoise et japonaise d’inspiration tch’an .
Voici un extrait des ‘ Propos sur la peinture du moine Citrouille amère ‘ de Shitao, qui pour moi entre en résonance avec cette expérience-limite :
« Si les monts, les fleuves et l’infinité des créatures peuvent révéler leur âme à l’homme, c’est parce que l’homme détient le pouvoir de formation et de vie, sinon comment serait-il possible de tirer ainsi du pinceau et de l’encre une réalité qui ait chair et os, expansion et unisson, substance et fonction, forme et dynamisme, inclinaison et aplomb, concentration et bondissement, latence secrète et jaillissement, élévation altière, surgissement abrupt, hauteur aigüe, escarpement fantastique et surplomb vertigineux, exprimant dans chaque détail la totalité de son âme et la plénitude de son esprit ? »
Vivement la rencontre de ce soir...
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Joco
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Dim 15 Fév 2015 - 10:56

Très belle rencontre que celle de ce vendredi où nous avons pu écouter et échanger avec un auteur bouillonnant de vie qui a une furieuse envie de partager ces expériences et qui le fait avec une générosité incroyable.
Après ça, je relirai son livre avec beaucoup de joie en gardant à l'esprit que toute épreuve peut faire évoluer les choses dans un sens positif. "Tout ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort", facile à dire, difficile à vivre, encore plus dure à partager.
Merci Matthieu Blanchin pour cette belle démonstration.
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naphtalene
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Dim 15 Fév 2015 - 18:19

Ha oui, très belle rencontre avec un auteur ô combien prolixe, généreux, bienveillant et... humain. Merci à tous pour ce beau moment de partage !

Quant à la lecture, elle semble ardue de prime abord mais s'éclaircit au fil des pages ; le temps d'apprivoiser le dessin dense et fouillé, on rentre bien vite dans les rêves et les cauchemars de Mathieu Blanchin. On l’accompagne aussi, lui et sa famille, dans le retour vers le quotidien, les réapprentissages, et l'ouverture de l'esprit vers de nouveaux possibles.

Le témoignage est précis, honnête, bouleversant et laisse mille portes ouvertes à la réflexion.

Une lecture ( et une rencontre ) qui marque(nt), c'est certain !
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eraserhead
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Mer 18 Fév 2015 - 5:10

une lecture bien peu marquante pour moi. J'ai ressenti la densité graphique, certes, qui m'assome plus qu'autre chose ; le tunnel, dont vous parlez, n'est peut-être pas ce qui m'a le plus ennuyé : je le préfère à la simili enquête sur son expérience, qui tourne franchement en rond. Alors vous allez me dire que ça fait partie du propos, tout ça. J'y préfère les pages plus apaisées autour de la spiritualité. Elles ouvrent sur autre chose...
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Airmic
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Ven 20 Fév 2015 - 11:37

Ca y est, j'ai enfin trouvé le temps de finir ce titre!

J'ai d'abord été frappé par l'ouverture du récit, où l'auteur retranscrit avec brio le choc de son traumatisme, et où il nous plonge dans son inconscient, comme lui, plonge dans son coma.

Puis par sa façon de nous guider à travers son voyage sensoriel, qu'il partage par la noirceur de son dessin et la déstructuration de son récit. Nous (lecteurs et auteur) sommes perdus entre la réalité et le rêve, perdus dans le temps.

J'ai plus apprécié les moments passés dans ses songes que ceux passés à recherche de sa nouvelle vie. Comme le dit eraserhead cette partie tourne quelque peu en rond. Mais je ne pense pas que ce soit un mal, là encore l'auteur traduit par cette redondance sa perpétuelle remise en question afin de retrouver sa place.

Je suis tout de même mitigé quand à mon appréciation globale de l'oeuvre.
Comme l'a dit l'auteur lui-même, des contraintes éditoriale l'on obligé à survoler des passages important de son traumatisme et on le ressent franchement dans l'ouvrage.

En fait je finis sur ma faim...
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fred
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MessageSujet: La Montagne du samedi 21 février 2015   Sam 21 Fév 2015 - 14:13

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Can
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Dim 22 Fév 2015 - 14:45

Je n'ai pas le souvenir d'avoir autant peiné à la lecture d'une BD et ce depuis bien longtemps, pourtant et c'est tout le paradoxe, cette lecture laborieuse s'est révélée au fil des pages plutôt agréable, passionnante et l'impression finale reste positive car je suis convaincu que nous avons affaire à une grande bande dessinée, dans sa forme notamment, où le dessin sert parfaitement le propos.
Alors, oui l'expérience est parfois étouffante, oppressante et entre ombres et lumières, Matthieu Blanchin remue le lecteur, le laissant bien souvent sans repères, complétement spectateur des sensations qu'il décrit et c'est difficile, quand on est de l'autre côté de la page, de toutes les ressentir.
Un témoignage puissant, parfois inégal et désordonné qui mérite sans aucun doute à mes yeux, de rentrer dans la prochaine sélection du Shérif.
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Tue-Loup
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Dim 22 Fév 2015 - 23:03

Can a écrit:

Un témoignage puissant, parfois inégal et désordonné qui mérite sans aucun doute à mes yeux, de rentrer dans la prochaine sélection du Shérif.

:fb:
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eraserhead
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Lun 23 Fév 2015 - 5:44

il va fallloir convaincre, parce que je n'en suis pas aussi sûr...
Des errements en terme narratifs, qui laissent de vraies longueurs (pas comme dans feu de paille).
Vous critiquez (quelques uns) le dessin de Grennan, parce qu'il est trop figé, là on est quand même dans un graphisme particulièrement fouillis, chargé.
Un propos plutôt obtus, qui peut franchement laisser un paquet de lecteurs en marge.
Et plein d'autres livres qui me semblent aussi valeureux pour cette sélection : le tri va être dur, et il n'y a pas d'évidence à garder celui-là.
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Nico
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Lun 23 Fév 2015 - 16:29

J'ai commencé ce bouquin juste à l'heure de la sieste en me promettant d'en lire une dizaine de pages pour voir à quoi ça ressemblé avant de piquer un bon roupillon… 
Mais une fois commencé impossible de décrocher et un bon moment plus tard je refermais ce livre en me disant qu'on avait affaire là à une grande bande dessinée, de celle qui donne toutes ses lettres de noblesses au médium.

La première partie ma littéralement scotché par sa force d'évocation. Ce voyage sauvage, douloureux, dans un inconscient soumis à l'angoisse, la douleur, la terreur, et une expérience de lecture passionnante pour peux qu'on laisse l'intellect de côté, qu'on accepte de lâcher prise pour tenter de ressentir pleinement ce qui se joue. La forme s'adapte en permanence au fond, la vivacité du dessin en niveaux de gris et d'une expressivité redoutable et s'harmonise parfaitement avec le texte. On imagine la maturation nécessaire à la réalisation de cet album, ce qui aurait pu constituer un handicap et figer le récit dans un dessin trop bien exécuter, un texte trop pensé, trop réfléchis. Là le trait de Blanchin semble une réaction immédiate à son coma, l'urgence de dessiner, de dire cette histoire est là, même 13 ans après… 

Récit plus qu'introspectif, il n'en ménage pas moins une belle place à l'entourage. Son fils, sa fille, ses médecins… de très belles planches consacrées au point de vue de sa compagne. La rencontre et le travail avec son psy, la place de ses parents... Tous ces personnages, existent, entourent pour le pire et le meilleur Matthieu Blanchin et ouvre le récit sur de multiples pistes où causes et effets s'entremêle pour renvoyer le lecteur face à ses propres questionnements existentielles. 

Les différents chapitres de cette histoire m'on fascinés (même si moi aussi j'ai une petite réserve pour le dernier) et sur chacun il y aurait beaucoup à dire. 
Dans le premier on peut lire : "Comment décrire ces basculements…? comment traduire…?", avec "Quand vous pensiez que j'étais mort" Matthieu Blanchin à montrer comment, et franchement c'était pas gagné. 
Alors je ne vois pas trop comment il pourrait être absent de la sélection du mois?! 


Eraserhead tu me fait plus que saliver, car si tout les autres albums en lissent sont de ce niveaux, j'ai pas fini de sauter au plafond…

PS : Merci Manue pour le prêt et je te le rend très vite car je le veux dans ma bibliothèque celui-là, mais peut être qu'avant (et puis ça me laissera le temps de le digéré) j'achèterais sa bio de Calamity Jane, car pétard ça m'a donné envie !

PS2 : Je suis d'une tristesse inconsolable d'avoir loupé la rencontre...


Dernière édition par Nico le Lun 23 Fév 2015 - 18:48, édité 1 fois
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Superphane
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Lun 23 Fév 2015 - 17:26

Le problème, Nico (tu permets que je t'appelle Nico ???) c'est que ce n'est pas la sélection du moi, mais la sélection du mois !!!! Very Happy
Le regard qu'un auteur porte sur le corps malade ou l'expérience de la maladie (du coma, ici) et de ses conséquences dans la vie est un sujet déjà traité, parfois avec brio. Je songe à la parathèse, d'Elodie Durand qui m'avait autrement bousculé ou à l'indépassable livre de David B. J'ai peiné (beaucoup) à me laisser porter par les aspirations spirituelles de Blanchin : ces 7 corps ont contrarié mon esprit rationnel. J'ai peiné encore à le suivre dans sa maladie parce que finalement il nous raconte l'histoire d'une personne dont on ne connait rien, ou pas grand chose, rejetant l'intime (Blanchin est pudique à l'excès sans doute) pour se focaliser sur les expériences de conscience modifiée (dessiner les expériences vécues dans le coma l'intéresse finalement plus que le reste ?). La lettre du boudhhiste en fin d'ouvrage me fait l'effet d'une tribune militante (mais je peux me tromper). Les "expériences" décrites me font surtout penser aux paradis artificiels de Baudelaire ou aux expériences de Michaux sous Mezcaline...

Je suis en tout cas respectueux de la manière dont Blanchin a su trouver la force de revenir à la vie et c'est bien là l'essentiel. Le Val des ânes et Calamity Jane sont des livres importants.
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Nico
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Lun 23 Fév 2015 - 20:59

Oh ben oui tu peux m'appeler Nico d'autant que j'ai choisi ce diminutif comme pseudo ici et dans la vie Smile
Merci pour le signalement du lapsus orthographique surement révélateur !

Pour ma vengeance, sache cher ami correcteur que j'ai cherché la définition de "parathése" sur internet et j'ai rien trouvé de concluant Smile Mais bon je ne souhaite pas engager un duel orthographique car je n'ai aucunes chances, sauf si des élèves de CP trainent sur ce forum !

A part ça il faudra que tu m'explique ce qu'il te faut savoir de plus sur l'intimité de Blanchin. Moi (pauvre être insignifiant), si il m'arrivait de mettre en scène dans un livre : mes enfants, ma femme, ma psychanalyse, mes rapport à ma mère, ect… je crois que je n'aurais pas besoin de donner en plus ma pointure, ma taille de jean et la date de ma première galoche pour me sentir tout nu… 

J'ai aimé me faire contrarier dans ma rationalité, même si je te rejoint en partie sur la lettre de fin qui conclue un chapitre un peu trop "guide du routard mystique" à mon goût. 

"L'ascension du haut mal" est effectivement indépassable, mais le point de vue, la forme et le sujet me semble quand même bien différent, et Blanchin, face à ce monument, ne démérite nullement en terme d'énergie et de radicalité.

Et puis pour paraphraser Eraserhead, c'est quand même pas mal de faire un peu moins bien que David B, Baudelaire et Michaux réunis Very Happy
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Superphane
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Lun 23 Fév 2015 - 21:31

C'était surtout le joli lapsus qui me faisait rire.
J'espère que tu auras également cherché le sujet dans le forum sur la parenthèse (petit farceur !), d'Elodie Durand qui avait, à l'époque partagé le jury.
Quant à l'intime, il ne s'agit pas de "mettre en scène" (le terme est révélateur, il indique une mise à distance de la réalité de faits) sa femme, sa fille. Encore moins de donner des détails insignifiants sur soi. C'est peut-être donner davantage la parole au autres, ou avoir un regard paradoxalement un peu plus distancié sur l'expérience vécue. S'étendre davantage sur le quotidien (en tout cas approfondir les passages qui y sont consacrés, car ils sont relativement "pauvres") qui semble peu intéresser l'auteur en regard de l'expérience spirituelle vécue.

Sinon, j'aime assez "guide du routard mystique".
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Nico
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Mar 24 Fév 2015 - 7:47

Citation :
Quant à l'intime, il ne s'agit pas de "mettre en scène" (le terme est révélateur, il indique une mise à distance de la réalité de faits)

A partir du moment où il y a construction d'un récit, organisation d'une planche, d'une case, il y a mise en scène... mise à distance du réel, la seul chose qui importe c'est la façon de le faire et de trouver la bonne distance. 

T'es quand même vachement sévère en parlant de la "pauvreté" des moments hors coma. Cette histoire des 7 corps célestes ta vraisemblablement trop contrarié, et à du brouiller toute objectivité.

Tu devrais consulter un acuponcteur ou peut être un magnétiseur? T'as situation de blocage ne nécessite pas l'intervention du chaman, mais fait attention quand même, la tente n'est pas loin  Smile
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fred
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MessageSujet: Re: Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin   Mar 24 Fév 2015 - 10:39

Il faut reconnaître à ce livre plein de petits défauts et de grandes qualités.
Vous soulignez à juste titre une pudeur peut-être mal placée, en tout cas mal calibrée, un engouement pour le récit du coma à côté duquel la narration du quotidien semble moins précise (par exemple le passage sur les sept corps - thème qui moi m'intéresse beaucoup - et un Blanchin qui semble se fatiguer des explications dès le troisième corps et passe à autre chose), un défaut sensible de structure narrative costaude (comme dirait Van Hamme), c'est vrai. J'ajoute à ça les fautes de grammaire et d'orthographe histoire de ne rien oublier...
Pourtant. Pourtant il reste un livre hors du commun, unique en son genre. Une bande dessinée consacrée au cerveau, sensible et optimiste. Certes foutraque, mais comme peut l'être un cerveau qui tente d'explorer ses possibilités mais ne fait qu'en esquisser la démarche. Ce qui reste intéressant et diablement réussi, c'est bien la traduction de tout ce bric à brac en bd, la sagesse ou l'explosion du dessin (sa déformation) quand le moment le réclame, la construction des pages autour d'une idée principale, le style.
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Quand vous pensiez que j'étais mort de Blanchin
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