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 Le décalage de Marc-Antoine Mathieu

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fred
Comité de sélection du Sheriff d'or
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MessageSujet: Le décalage de Marc-Antoine Mathieu   Ven 22 Mar 2013 - 17:56




Un nouveau livre de Marc-Antoine Mathieu, c'est l'assurance d'une nouvelle idée, d'une nouvelle contrainte, d'un exercice de style inédit, en bref, d'une surprise de forme et de taille qui viendra bousculer certains codes inhérents à la bande dessinée.
Avec la série des Julius-Corentin Acquefacques, Mathieu s'amuse à jeter son héros en pâture aux bouleversements des fondements existentiels : temps, espace, lumière… C'est l'occasion pour lui d'organiser sa réflexion autour d'une réalité qui semble soumise à une logique propre et qui, face au dérèglement subtilement orchestré, sera contrainte de changer de dimension. La chose racontée, c'est toujours le cheminement d'une expression surréaliste dont les protagonistes vont devoir s'accommoder. Après l'expérience d'un miroir central à partir duquel le récit se scinde et se reflète, après le vortex de cases et la non-case, Acquefacques, archétype du personnage qui, à l'instar de Little nemo, ne peut qu'exister en bande dessinée, est soumis cette fois aux affres de la non-histoire. Et voilà un concept qui me plaît que celui d'une intrigue sans intrigue proprement dite mais dont le souci de narration reste primordial. Car oui, comment raconter avec l'ambition d'intéresser le lecteur quand celui-ci n'a pas d'histoire à laquelle se raccrocher ? C'est le défi de Marc-Antoine Mathieu.
Première folie, premier code qui explose, la couverture. C'est une planche de bande dessinée ; elle porte le numéro sept. On y voit Julius voler de case en case à bord d'un lit ivre. Seul un bandeau renseigne sur le titre : Le décalage. Un décrochage onirico-temporel s'est produit et le héros, victime du rêve-veille, a pris une avance sur l'histoire que le scénario n'avait pas prévu, laissant les seconds rôles en proie à l'atermoiement puis l'expectative. Dès lors, c'est une histoire sans héros sans histoire qu'ils vont devoir gérer. L'absence de contexte entraînant un manque notoire de perspective, c'est au néant qu'ils vont être confrontés, au Grand Rien, quand l'infiniment petit rejoint l'infiniment grand dans une forme d'hommage à la bande dessinée. Bien entendu, le recalage aura lieu, grâce à une nouvelle astuce qui ressemble à ce que Lidwine avait prévu pour la suite de son fameux Dernier loup d'Oz… resté sans suite. Ce truc qui permet de couper à travers le temps, je vous en laisse la surprise. Ce que je peux dire, c'est que le recalage aura bien lieu et qu'à la fabrication, ils ont dû encore se faire des cheveux ! MAM, le cauchemar des imprimeurs…
Non sans une bonne dose d'humour qui dédramatise le contexte et permet de penser qu'il est un artiste d'une extrême humilité, Mathieu parvient ici à l'aboutissement d'une ambition suprême, celle de la réalisation du ruban de Möbius parfait, de l'histoire infinie.


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eraserhead
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MessageSujet: Re: Le décalage de Marc-Antoine Mathieu   Dim 7 Avr 2013 - 19:41

grande réussite. On peut se surprendre à enchaîner deux lectures, voire plus tant le pari fonctionne. Graphiquement, c'est très fort (un peu moins que 3'').
Quel bonheur que ce genre de livre qui ne peut exister qu'en tant que tel, qui est son propre sujet.
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Superphane
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MessageSujet: Re: Le décalage de Marc-Antoine Mathieu   Dim 7 Avr 2013 - 20:14

...et puis tu viens d'avoir le plaisir de lire "les deux du balcon" de Masse.
Les références sont très explicites !
Le discours sur "le rien" me renvoit aussi à l'excellente pièce d'Alain Badiou, Ahmed philosophe, comédie philosophqiue reprenant les codes de la Comedia dell'arte.
Ahmed, fils d'immigré érudit, qui "a appris le français dans les livres", disserte sur divers notions philosphiques au gré de ses rencontres avec Moustache "né natif de France".

La première scène s'appelle "le rien", justement.

1 - Le rien
Ahmed, Moustache
Ahmed – Qu’est ce que vous regardez Là ? Il n’y a rien, là.
Moi, Ahmed, je ne suis absolument rien. Superlativement rien. Et j’aime autant vous dire que regarder le rien, c’est du pareil au même que ne rien regarder du tout. Voyez un peu comme je suis rien.
Improvisation d’Ahmed sur le rien, il s’exténue et disparaît sur scène.
S’il y en avait un parmi vous qui était malin, qui était vraiment un aigle côté pensée, qui était plus fort pour démêler les embrouilles du monde que Ahmed et Einstein réunis, il m’enverrait ça par le travers de ma figure de rien :
« Mon petit Ahmed-de-rien, comment tu sais que t’es rien ? hein ? car si tu sais que t’es rien, c’est que tu es quelque chose, hein ? Parce que rien, c’est rien, et rien, ça peut pas connaître grand-chose. Surtout pas le rien. Il ferait beau voir que le rien connaisse le rien. Pour connaître le rien, il faut bien être quelque chose, et non pasrien. »
Et alors là, moi, Ahmed, je l’aurais dansle baba. Si le rien a un baba . Est-ce que le rien a un baba ? Il y a le baba au rhum, mais est-ce qu’il y a le baba au rien ?
En tout cas, c’est sûr, moi, Ahmed, je ne savais pas que je n’étaisrien, et je ne l’aurais jamais su s’il n’y avait pas eu Moustache. Albert Moustache. Moustache, il n’est pas rien du tout. Il a une moustache, Moustache. Il est costaud, Moustache. Il pèse son poids sur le macadam de Sarges-les-Corneilles, Moustache. En tout cas, c’est quelque chose, Moustache, c’est pas rien.
Un jour… non je ne vais pas vous raconter. Moi, Ahmed, je ne vais pas faire parler le rien. Le rien, ça dit rien, c’est normal. Il va vous dire lui-même. C’est le quelque chose qui dit quelque chose. Normal. Moustache ! Moustache !
Moustache entre en scène.
Mon cher Moustache, dis-leur un peu, pour voir, qui je suis, moi, Ahmed.
Moustache – Y a pas toi. Y a que vous. Vous les immigrationnés de toute la terre. Les ceux qui viennent de l’Afrique et de l’oriental. Les ceux qui mangent tout le fric de la Sécu. Les ceux qu’à cause d’eux on n’a plus de boulot, pas même à ramasser l’épluchure. Et qui s’encroient d’un Dieu islamique qu’on dirait une face de carême aux dents longues. Si toi, t’étais toi, tu serais peut être quelqu’un, allez savoir ! heureusement que ton toi à toi il est dansle vous des autres. Tous en bloc ! Tous au bloc ! Envoyez c’est pesé !
Ahmed – Doucement, gros lard ! Donc, je ne suis pas quelqu’un ?
Moustache – Vous êtes tous des moins que rien.
Ahmed – Qu’est-ce que je vous disais ? moins que rien ! C’est pas rien ça, être moins que rien ! Parce que rien c’est rien. Au-dessus de rien, il y a quelque chose. Et en dessous de rien, il y a forcément quelque chose aussi.Moustache – Tu cherches encore à m’embobiner, métèque ! Moins que rien, c’est encore plus rien que rien.
Ahmed – Et comment veux-tu que le rien puisse être plus ou moins, gros lard ?
Dans le rien, il n’y a rien, ça peut pas bouger le rien. C’est comme le zéro, le rien. Le zéro c’est vide, c’est rien de rien. Mais au-dessus de zéro, là ça chauffe. Et en dessous de zéro, ça gèle. Et si moi, Ahmed, je suis moins que rien, alors je gèle, C’est ça, je gèle. Hou la la, je gèle, hou, ça gèle dur… Alors, Moustache, tu gèles, toi aussi ? Tu sens ce que ça fait d’être en dessous de zéro ? Tu te congèles à moins trente sous le rien ? On se les caille à force d’être des moins que rien !
Moustache est frigorifié, ilse pétrifie littéralement.
Moustache – Nom d’un pétard !Je me fais le sentiment d’être un bonhomme de neige.
Ahmed – C’est le bonhomme de glace, Moustache ! Dans son intérieur, il m’a l’air d’être bigrement moins que rien lui aussi.
Moustache – L’arabe m’a changé en camion à morue fraîches.
Ahmed – Voyons si ça sonne creux, l’intérieur de Moustache.
Ahmed donne un grand coup de bâton sur Moustache qui tombe en morceaux.
Nom d’un petit rien ! J’ai cassé ma preuve. Ma chère preuve, Moustache, que je n’étais rien ! et même, moins que rien ! je ne sais plusrien. En tout cas, le bâton, ce n’est pasrien. Quand le rien a un bâton, il est quelque chose. Quand on vous dit que vous n’êtes rien, donnez du bâton à la preuve, ça la refroidira.
C’est pastout, ça, il faut que je me réchauffe, moi.
Ahmed improvise sur le réchauffement, il impose la canicule.
Moustache se reconstitue.
Moustache – Où suis-je ? Qui suis-je ? Où vais-je ? Qui vais-je ? Où chauffais-je ? Qui chauffage ? Qui ?...
Ahmed lui redonnant un coup de bâton – Qui qui dit « t’es rien », n’est rien.
Moustache s’effondre à nouveau.
Ahmed s’épongeant – C’est pas rien d’être quelque chose à la fin…
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gagadinorux
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MessageSujet: Re: Le décalage de Marc-Antoine Mathieu   Jeu 11 Avr 2013 - 23:41

Superbe BD..., beaucoup de références pour les amateurs, et du Raymond Devos dans le texte...
Les imbrications des dialogues et des dessins dans les pages déchirées sont une vraie réussite et un vrai régal, régal qui se retrouve dans l'ensemble de la lecture.

Enfin moi, en lecteur organisé et consciencieux, j'avais directement remis les choses à leurs places, et donc commencer par le chapitre un, La Cas(s)e!!!!

Bon, ok, je plaisante...

Lecture très agréable, qui m'a fait me replonger dans "la théorie du grain de sable", ou dans les interrogations sur la vie, l'univers et tout le reste... (je n'aurais pas déja cité H2G2 ?????), l'infiniment petit et l'infiniment grand, et la question existentielle à se rendre fou : comment envisager un monde infini, sans bords ni limites, mais comment paradoxalement imaginer un monde fini, puisque si il est fini, que peut-il y avoir au dela de ses limites ????

Très beaux traits N&B qui collent pour le coup parfaitement au récit, et texte de haute volée... une réussite en tous points!

Peut-être juste... pour la forme... deux petites remarques :
Une BD pour bdphiles? Le jeu sur les codes ne passionne peut-être pas autant tous les lecteurs.
Une BD sans "émotions", qui du coup ne porte pas une affectivité exacerbée.
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eraserhead
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MessageSujet: Re: Le décalage de Marc-Antoine Mathieu   Ven 12 Avr 2013 - 5:02

tes deux petites remarques avaient été faites concernant sa bd précédente, car effectivement,
Marc Antoine Mathieu ne développe pas, dans ses livres, un objectif de lecture identiqueàla plupart des albums auxquels nous sommes habitués : pas d'émotion, récit prétexte à une réflexion sur le medium... Fred l'a dit, il s'agit aussi, avec les contraintes fixées, de développer quand même un récit, ce qui parfois constitue un tour de force, récit qui se plie à la mise en forme.
Je pense, là, d'un coup, à une comparaison un peu hasardeuse : celle du clip.
Il y a plusieurs types de clip, mais souvent, la musique prime sur l'histoire racontée, elle l'engendre, même ; on est bien dans la même problématique où le medium engendre lui-même l'histoire qu'il raconte. C'est forcément bdphile. Mais quelqu'un qui ouvre une bd est bdphile potentiel, non ?

Pas d'affectivité ? Est-ce qu'on ne peut pas être ému par un discours sur la bd ? sur un dispositif ? J'avoue être plus touché par certaines pages de Scott Mc Cloud que par d'autres de Troll de Troy. Je suis reconnaissant à une histoire de m'apprendre des choses, de me faire réfléchir, et lui sais gré d'une profonde affectivité. Je hais volontiers un récit avec de vrais et beaux personnages, une histoire sans doute bien écrite, mais qui crie 'aime-moi, aime-moi, aime-moi !' à chaque vignette.
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Igor13
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MessageSujet: La non histoire d'une histoire!!   Mer 17 Avr 2013 - 15:33


Il destructure tout! Je n'ai pas quitté la bd des yeux en restant captivé par rien.

Une histoire décalée d'un décalage. Du coup j'ai acheté l'histoire de l'édition esprit BD, encore un décalage.


Par contre, la poésie est absente. Bien pour un scientifique! On arrive même à suivre les décalages des nombres les uns derrière les autres.
Ce n'est pas sorcier!

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naphtalene
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MessageSujet: Re: Le décalage de Marc-Antoine Mathieu   Mer 17 Avr 2013 - 19:17

J'adore ! Et j'ai trouvé plein de poésie, au contraire, entre les grains de sable. Le dessin ne m'enchantait guère de prime abord, mais au final quel pied de lire ceci ! et relire, et (bientôt) re-relire ! Quant à dire que c'est de la BD pour bédéphiles, je ne crois pas, sincèrement : c'est plutôt de la BD pour tous ceux qui se posent 2-3 questions sur l'existence, et qui sont prêt à se laisser embarquer sans rechigner dans un doux délire spatio temporel... Brillant, drôle et (si si!) poétique !
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Can
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MessageSujet: Re: Le décalage de Marc-Antoine Mathieu   Mer 17 Avr 2013 - 19:47

J'ai trouvé l’exercice de style moins brillant que dans 3" (si on pinaille , y a quand même des trucs pas logiques) , le récit et sutout des persos nettement moins poétiques que dans le dessin , et l'absurde et les drôleries moins convaincantes que dans Dieu en personne (un peu d'abus autour des jeux de mots) , vous l'aurez compris j'en attendais mieux mais tu as raison Naphta , il faut accorder à cet album une seconde lecture , sans décalage cette fois !
Le problème , je ne sais pas d'où vient cette déception car cela reste un titre d'un niveau largement supérieur à la production actuelle , est elle accentuée par le fait qu'on doit le juger comme sheriffable ? Suis je plus exigent parce que c'est MAM ? Il y a certainement un peu des deux.
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Superphane
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MessageSujet: scientifique et poète   Mer 17 Avr 2013 - 20:37

Igor13...
La science peut être pleine de poésie, comme chez Raymond Queneau. Poésie pleine de science, plutôt...

Le chant du styrène

O temps, suspends ton bol, ô matière plastique
D’où viens-tu ? Qui es-tu ? et qu'est-ce qui explique
Tes rares qualités ? De quoi donc es-tu fait ?
D'où donc es-tu parti? Remontons de l'objet
À ses aïeux lointains ! Qu'à l’envers se déroule
Son histoire exemplaire. Eu premier lieu, le moule.
Incluant la matrice, être mystérieux,
Il engendre le bol ou bien tout ce qu'on veut.
Mais le moule est lui-même inclus dans une presse
Qui injecte la pâte et conforme la pièce,
Ce qu présente donc le très grand avantage
D'avoir l'objet fini sans autre façonnage.
Le moule coûte cher; c’est un inconvénient.
On le loue il est vrai, même à ses concurrents.
Le formage sous vide est une autre façon
D'obtenir des objets : par simple aspiration.
À l'étape antérieure, soigneusement rangé,
Le matériau tiédi est en plaque extrudé.
Pour entrer dans la buse il fallait un piston
Et le manchon chauffant - ou le chauffant manchon
Auquel on fournissait — Quoi ? Le polystyrène
Vivace et turbulent qui se hâte et s'égrène.
Et l'essaim granulé sur le tamis vibrant
Fourmillait tout heureux d'un si beau colorant.
Avant d'être granule on avait été jonc,
Joncs de toutes couleurs, teintes, nuances, tons.
Ces joncs avaient été, suivant une filière,
Un boudin que sans fin une vis agglomère.
Et ce qui donnait lieu à l’agglutination ?
Des perles colorées de toutes les façons.
Et colorées comment ? Là, devint homogène
Le pigment qu'on mélange à du polystyrène.
Mais avant il fallut que le produit séchât
Et, rotativement, le produit trébucha.
À peine était-il né, notre polystyrène.
Polymère produit du plus simple styrène.
Polymérisation : ce mot, chacun le sait,
Désigne l'obtention d'un complexe élevé
De poids moléculaire. Et dans un réacteur,
Machine élémentaire œuvre d'un ingénieur,
Les molécules donc s'accrochant et se liant
En perles se formaient. Oui, mais — auparavant ?
Le styrène n'était qu'un liquide incolore
Quelque peu explosif, et non pas inodore.
Et regardez-le bien; c'est la seule occasion
Pour vous d'apercevoir ce qui est en question.
Le styrène est produit en grande quantité
À partir de l'éthyl-benzène surchauffé,
Le styrène autrefois s'extrayait du benjoin,
Provenant du styrax, arbuste indonésien.
De tuyau en tuyau ainsi nous remontons,
À travers le désert des canalisations,
Vers les produits premiers, vers la matière abstraite
Qui circulait sans fin, effective et secrète.
On lave et on distille et puis on redistille
Et ce ne sont pu là exercices de style :
L'éthylbenzène peut — et doit même éclater
Si la température atteint certain degré.
Quant à l'éthylbenzène, il provient, c'est limpide,
De la combinaison du benzène liquide
Avecque l'éthylène, une simple vapeur.
Ethylène et benzène ont pour générateurs
Soit charbon, soit pétrole, ou pétrole ou charbon.
Pour faire l'autre et l'un l'un et l'autre sont bons.
On pourrait repartir sur ces nouvelles pistes
Et rechercher pourquoi et l'autre et l'un existent.
Le pétrole vient-il de masses de poissons ?
On ne le sait pas trop ni d'où vient le charbon.
Le pétrole vient-il du plancton en gésine ?
Question controversée... obscures origines...
Et pétrole et charbon s'en allaient en fumée
Quand le chimiste vint qui eut l'heureuse idée
De rendre ces nuées solides et d'en faire
D'innombrables objets au but utilitaire.
En matériaux nouveaux ces obscurs résidus
Sont ainsi transformés. Il en est d'inconnus
Qui attendent encor la mutation chimique
Pour mériter enfin la vente à prix unique.
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gagadinorux
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MessageSujet: Re: Le décalage de Marc-Antoine Mathieu   Jeu 18 Avr 2013 - 15:46

Eraserhead, ma réflexion portait assez égoïstement sur ma nouvelle condition de juré. Je m'imagine déja épluchant à nouveau les sherrifs de l'année pour en extraire celui dont je pense être le plus intéressant.
Et s'il serait beaucoup plus facile de départager 10 BD traitant toutes, au fusain, d'une sirène et d'un capitaine, il est beaucoup plus difficile de devoir départager des BD dont les histoires et la narration divergent totalement, autant dans le fond que dans la forme, ou dans les différentes intentions de l'auteur (politiques, sociales, structurelles...).
Mais j'imagine que c'est la, justement, tout l'intérêt bien sur !

Le jeu sur les codes et la forme associé à un "vrai" récit est tout à fait remarquable ici, et personnellement, c'est un genre que j'affectionne particulièrement dans la BD.
Je suis donc deja de parti pris Smile
Et oui, je trouve aussi qu'il y a de la poésie...

Je peux être beaucoup plus touché, intéressé, interpellé ou passionné par un discours sur la BD, mais personnellement je ne mettais pas le terme "émotions" dans cette catégorie.

Je vais reprendre une comparaison à mon tour peut-être hasardeuse, mais les prix du public pour le festival du court métrage sont majoritairement, soit des comédies, donc des films dont le public à rit, soit des films traitant de questions sociales fortes, donc des films dont le public à eu l'estomac serré.

C'est pour cela aussi, en novice, que je trouvais bien l'idée de la grille de notation pour le Sherrif du mois, permettant à mon sens d'être une peu plus objectif sur son choix, plutôt que de n'être que dans le ressenti (et c'est surement pour cela que "Au vent mauvais" par exemple, aura certainement de ma part une meilleur note avec la grille).

Désolé si je suis sorti un peu du sujet !
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marion
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MessageSujet: Re: Le décalage de Marc-Antoine Mathieu   Jeu 18 Avr 2013 - 18:58

Bon ben comme d'habitude avec MAM, "Très très bien!" comme dirait Pakitouki!
Pour reprendre Superphane, je reverrais à "En attendant Godot" également, la référence m'est revenu dés le premier chapitre, le premier... au début du livre hein? Pas le vrai premier chapitre... J'veux dire pour son départ... Enfin vous me comprenez?
Je veux dire Canou? C'est vrai que le premier chapitre en fait, ne l'est pas vraiment, et ne colle pas tout à fait n'est-ce pas?

J'arrête^^ Très bel exercice de style, comme d'habitude, mais je rejoins Can. A la différence du Dessin, évidemment, ou d’œuvres plus modestes ou pourrait-on dire, moins réussies que le Dessin, je ne trouve pas que MAM ait su capter pour nous une dimension supérieure dans le Décalage au pur exercice de style.

L'ensemble est néanmoins très cohérent et on s'amuse, je dirais même plus, on se divertit, ce qui peut paraitre paradoxal puisque nombreux diraient que Julius Correntin n'entre pas dans la catégorie des Bds de grand divertissement. Il n'en reste pas moins que je me suis éclatée sur cette lecture et que son avance indéniable en terme de note, le désigne unanimement entre moi-même et moi-même, comme le Shériff du Mois. En revanche, il n'a pas l'étoffe d'un Shériff de l'Année... Donc un vote final en demi-teinte, alors que j'ai adoré la lecture c'est étrange non? Je crois que j'ai le même problème que Can, en attendons-nous trop?
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myrte
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MessageSujet: Le décalage de Marc-Antoine Mathieu   Ven 19 Avr 2013 - 18:04

Jubilatoire! J'adore ce que fait cet auteur.
J'avoue que je ne l'ai découvert que très récemment (début de cette année) après qu'on m'ait offert le 6, puis j'ai voulu absolument lire Le dessin, alléchée par le post de Fred sur Point de fuite (merci d'ailleurs!).
C'est poétique, sensible, ça donne à réfléchir, je trouve le dessin vraiment très bon même si, comme Naphtalène, il ne m'attirait pas au départ. Il faut oser et surtout réussir à jouer avec les règles du récit comme ça. Je suis bluffée par son travail.
Pour moi le shériff du mois!!!!
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Eva

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MessageSujet: Re: Le décalage de Marc-Antoine Mathieu   Lun 29 Avr 2013 - 7:38

Je trouve que Marc Antoine-Mathieu est un auteur surprenant qui se renouvelle sans cesse.
Bien que j'ai beaucoup aimé "Le dessin" et "3 secondes", je suis moins fan de l'univers de Julius Corentin.
Cet opus est très original dans sa pagination avec une couverture surprenante, des pages déchirées ...
Les dialogues sont bien écrits. Tout cela pourrait en faire une excellente BD pour moi, sauf que je ne me suis pas sentie impliquée et bien que j'ai apprécié cet exercice de style, cela ne m'a pas convaincue.
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