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 Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang

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Superphane
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MessageSujet: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Sam 29 Sep 2012 - 8:51

Dans une élection américaine, Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang, dressaient un portrait de l’Amérique au moment de la réélection de Bush. Adoptant une forme peu commune, ils juxtaposaient textes et dessins dans un livre documentaire balayant en plusieurs chapitres l’ensemble de la société américaine.
Ils reprennent ce dispositif hybride dans leur nouvelle collaboration, les enfants pâles, mêlant textes littéraires et bandes dessinée, dessins et peintures pour nous proposer un conte cruel destiné aux adultes

Dans un monde touché par une crise dévastatrice et qui sombre à petit feu, une grande famine s’installe peu à peu. Pour épargner leurs enfants, les parents décident de les tuer.
Certains parviennent à s’échapper et constituent un groupe bientôt placé sous l’autorité de Jonas le violoniste. Ils partent alors sur la route d’un monde dévasté.
Afin d’asseoir son autorité, Jonas va peu à peu édicter de nouvelles règles, soumettant le groupe à des violences morales et physiques quotidiennes.

Colas, le plus jeune, sera le premier à ne pouvoir résister aux longues journées de marche sans manger et sans boire.

La voix de Franck s’élèvera alors pour contester le nouveau tyran. Le voyage du groupe peu à peu décimé se poursuivra jusqu’à la forêt puis au-delà, dans l’île, dans un basculement fantastique offrant un beau contraste avec une situation initiale très ancrée dans notre quotidien.

L’histoire mêle de multiples références aux contes traditionnelles (la forêt inquiétante, la faim, le joueur de flûte de Hamelin…) mais c’est à Sa majesté des mouches qu’on pense d’abord. Comme dans le livre de Golding, c’est la violence des rapports entre les enfants qui est particulièrement troublante, leur « décivilisation ».

Les textes et les dessins se relaient habilement comme pour mieux offrir des respirations nécessaires dans un récit, certes plein de poésie, mais particulièrement dur et cauchemardesque.Il faut donc trouver le bon rythme de lecture dans la forme inhabituelle proposée par les auteurs.
Pavé de plus de quatre cents pages, le livre peine ainsi à être avalé d’une traite tant il met le lecteur dans un sentiment d’inconfort et de tension. On en ressort bousculé, fatigué, avec le sentiment d’avoir vécu une expérience incroyable.
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naphtalene
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Mar 2 Oct 2012 - 16:41

Sa majesté des mouches, bien sûr ( heureuse surprise, j'ai été largement moins épouvantée qu'à la lecture de ce dernier ), mais aussi ravage, la route, le seigneur des anneaux ou encore la belle et la bête, la reine des neiges et beaucoup d'autres contes enfantins (bien souvent cruels)...

Ce livre copieux ( et dévoré d'une traite ) m'a renvoyé à une foule d'émotions ressenties lors de lectures passées. Le mélange de tant d'ingrédients est pourtant tout à fait digeste.

On avance dans le récit au rythme douloureux de la petite cohorte, la compassion voltigeant de l'un à l'autre des protagonistes. Le récit bascule dans sa dernière partie dans une autre dimension, plus obscure et onirique, mais tout aussi organique (et qui, pour ma part va nécessiter une relecture, je ne suis une fois encore pas sûre d'avoir tout capté albino ).

Au fur et à mesure que j'écris ici il me prend l'envie de le relire déjà, tant il est riche. Les enchaînements texte/dessins fonctionnent aussi à merveille... Me voilà tout à fait conquise !
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Superphane
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Mar 2 Oct 2012 - 18:36

Je ne suis pas du tout client de Barjavel mais j'ai adoré le livre de McCarthy. La route est vraiment un livre coup de poing mais je peine à faire le lien avec Les Enfants pâles.
Si tu as été épouvantée par le livre de Golding, c'est peut-être que, comme moi, tu l'as lu au collège, à un âge délicat pour l'aborder. Soit on rejette (on met à distance plutôt) l'histoire, soit on tremble du début à la fin. Je n'en ferai sans doute pas la même lecture aujourd'hui.
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naphtalene
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Mer 3 Oct 2012 - 18:05

la route, pour la fuite en avant et le côté "hors d'haleine".
Et pour Golding, je l'ai lu il y a trois ou quatre ans seulement Embarassed , mais il faut croire que l'âge délicat perdure un peu chez certains sujets ! Very Happy
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eraserhead
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Dim 7 Oct 2012 - 8:45

De Philippe Dupuy, je n'avais rien lu... j'ai dû attendre la page des crédits pour comprendre que c'était le Dupuy de Dupuy et Berbérian. C'est l'un de mes nombreux retards. Je n'ai pas l'impression que Les Enfants Pâles soit proche de ses autres productions ?

Loo Hui Phang, j'étais passé à côté (au sens figuré). Cent Mille Journées de Prières, je n'avais pas été franchement convaincu, au point de nepas lire le 2e tome. Le Prestige de l'Uniforme est dans un coin de ma chambre, il attendait... sans doute que j'aie fini Les Enfants Pâles.

Bref, j'abordais ce volume en inculte.

Quelle plume ! C'est sec, envoûtant. Il y a dans Les Enfants Pâles une dimension mystique, que transcrit remarquablement l'écriture. Une sorte d'aridité primitive qu'on entend dans les récits des origines, dans les mythes fondateurs...
Et le dessin se met simplement, humblement, au service du récit. Il me paraît figé. En même temps, quel dynamisme devrait sortir, quel charme des corps usés par la Marche ? Des zombies, voilà ce que sont devenus les personnages, quasi-vidés de leur âme.
Ce qui me semblait dans quelques pages un défaut, devient la deuxième force du livre. Des pages sont fabuleuses (p. 306).

Le rapport à Sa Majesté des Mouches. Quand le roman se chargeait d'une empathie parfois larmoyante, ici, le récit tend à une épure poétique d'une très belle rigueur, très efficace, parce qu'elle tient le lecteur à distance. Et puis ça ne raconte pas la même chose. La lutte pour le pouvoir est vraiment très secondaire. Le récit se cache dans ses replis, resurgit d'où on ne l'attendait pas : quelle fin fascinante ! J'en aime le fantastique que rien ne laissait présager.

L'alternance formelle entre passages écrits et passages en bande dessinée est très étonnant, mais fonctionne magistralement, les deux se répondant, sans redondance, l'un prenant la place de l'autre sans aspect systématique, juste quand il faut. Au bon moment.

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Can
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Dim 14 Oct 2012 - 13:21

Quel pavé en effet , quel livre audacieux surtout ! Il ne faut pas prendre peur face aux plus de 400 pages qui se présentent en effet à nous car la lecture est d'une grande limpidité malgré la dimension très littéraire de l'album.
D'emblée on entre sans ménagement dans cette atmosphère apocalyptique très bien rendue par le dessin méconnaissable de Philippe Dupuy et ses sombres illustrations (je n'en reviens toujours pas qu'il s'agit bien du même auteur que Monsieur Jean).
Loo Hui-Phang mets les enfants au centre de son récit (un peu comme dans Cent Mille Journées de Prières finalement) , leurs actes et leur vision de ce monde apporte un rendu encore plus âpre et douloureux , la traversée de la plaine et de la forêt sont les passages les plus difficiles mais aussi les plus réussis. J'ai aimé les personnages de Jonas et William , la difficulté à gérer leur rôle de leader , la folie , la tyrannie qui les gagne pour le bien de la communauté pourtant , c'est impeccablement raconté et très brillant car on peut réellement l'analyser sous plusieurs angles.

Par contre , la dernière partie du récit sur l'île est sans doute moins réussie , du moins je n'ai pas réellement compris où les auteurs voulaient en venir , si quelqu'un peut m'expliquer ?
La plongée dans le fantastique se déconnecte de l'hyper réalisme du départ , et je suis resté à la porte de ce dernier "monde" onirique et à sa morale finale qui m'a donc échappé.
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BenBecker

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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Dim 14 Oct 2012 - 13:28

SOS !!! A la vue de l'objet et du besoin d'un temps de lecture non négligeable pour ce titre, je recherche une âme charitable pour un prêt à durée déterminée de 12 jours à partir de ce jeudi 18 octobre. Je serai en effet totalement indisponible d'ici dimanche (planning chargé sur Clermont City) et un séjour familial en Creuse jusqu'au 29 octobre compris !!! MERCI d'avance !!! Very Happy

C'est mon dernier titre à découvrir ! Wink
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eraserhead
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Dim 14 Oct 2012 - 13:47

Can a écrit:
Par contre , la dernière partie du récit sur l'île est sans doute moins réussie , du moins je n'ai pas réellement compris où les auteurs voulaient en venir , si quelqu'un peut m'expliquer ?
La plongée dans le fantastique se déconnecte de l'hyper réalisme du départ , et je suis resté à la porte de ce dernier "monde" onirique et à sa morale finale qui m'a donc échappé.

je ne suis pas d'accord sur le fait qu'elle soit moins réussie : elle est, comme tu le dis, une sorte de cauchemar final, métaphore d'une mort envisagée, une récompense, un aboutissement vicié. Qu'est-ce que ça veut dire ? J'y trouve surtout une expression poétique et picturale d'une grande force, et ne veux surtout pas y chercher de morale... C'est la partie la plus fascinante de ce livre très souvent dérangeant.
L'épilogue me laisse plus dubitatif : pourquoi vouloir le faire vieillir ?
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Can
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Dim 14 Oct 2012 - 14:19

oui pourquoi cet épilogue alors ? , La théorie de la mort que je croyais représenté dans l'homme cerf ne tient plus (en fait ça serait plutôt le rôle de la femme) , vu l'épilogue , je vois du coup en métaphore le passage de la vie d'enfant à celle d'adulte , enfin c'est pas bien clair dans mon esprit Laughing.
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Joco
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Mer 17 Oct 2012 - 13:23

J'ai abordé ce livre avec beaucoup d'appréhension à cause de sa forme mais aussi avec une certaine curiosité car les dessins sont effectivement très beaux. Au final, la lecture de ce pavé est plutôt agréable et très fluide effectivement, les enchainements textes-images coulent tout seul et l'histoire est agréable à lire... à condition de le poser de temps en temps pour reprendre des forces. Ce récit est vraiment éprouvant !

Par contre, d'une manière générale, je n'attends pas d'une BD qu'elle m'offre des respirations entre deux passages d'un texte. Oui, je sais, je ne suis pas littéraire, mais alors pas du tout ! Je ne suis donc pas convaincu par la méthode même si le texte est très beau, lui aussi. Ce genre de livre ne me parle pas et je n'y vois que peu d’intérêt. Effectivement, je dois manquer de référence pour apprécier.... Et le côté poétique me touche, sur le coup et pis c'est tout. Je ne dois pas être un garçon très sensible.

En bref, c'est très bien mais je n'aime pas !
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wijbick

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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Jeu 18 Oct 2012 - 20:24

Et bien disons qu'on a tous des sensibilités différentes
Lorsque j'ai ouvert le livre pour la première fois je me suis dit: "oula! c'est pas beau ce texte tapé et ces dessins les uns après les autres, graphiquement c'est raté"
Sous titre "roman graphique" et là je me suis dit " et bien! ça a l'air de se prendre au sérieux c't'histoire là!"
Puis je suis rentré a ma maison avec ce gros truc sous le bras pas très excitée a l'idée de le lire
Je me lance tout de même et alors surprise: Des les premières pages je vois que le texte et le dessin ne s'enchainent pas comme d'habitude soit l'un illustrant l'autre mais les deux s'enchainent pour former la narration.
Ca marche bien et je n'ai jamais rien lu de pareil! Bonne surprise!

Malheureusement passé cette particularité et bien...il ne m'est pas resté pas grand chose
Je suis arrivé a bout de force a la fin du livre et l'ai refermé en me disant " tout ça pour ça"
Il faut dire que je n'aime pas du tout le style d’écriture : j'ai trouvé les images et les adjectifs souvent surfaits. Alors bon, les longues pages de texte quand on aime pas le style, c'est rude évidemment
J'ai trouvé le dessin inégal aussi
C'est vrai certaines scènes sont très belles..d'autres un peu vite faite je trouve

Je ne suis pas rentré dedans du tout, j'ai trouvé ça un peu trop didactique, pas très fin et du coup le volume du livre et la gestion de l'espace a l’intérieur m'est apparu un peu disproportionnée...
mais bon ça m'a pas parlé alors forcement...
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eraserhead
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Jeu 18 Oct 2012 - 20:51

quand tu dis "tout ça pour ça" ?

Quand même, une scène fantastique rare, réellement évocatrice, insaisissable et forte, j'en ai peu lu cette année (même dans le dernier Burns) ! Un personnage particulièrement réussi (la femme de l'île aux morts) ; un épuisant, vraiment épuisant pour le lecteur, chemin de croix avant d'y arriver... On est collé à la perception des personnages, à leurs angoisses, leurs doutes, leur simplicité d'expression, rien que par le style employé. On est usé, à la fin, soulagé, et aussi perdu que le dernier (j'ai oublié son nom), incrédule devant le fait de nous en être sorti...

Effectivement, le style âpre, tendu, dénudé, on n'aime ou on n'aime pas... c'est un peu comme au cinéma, il y en a qui préfèrent les tontons flingueurs à Chris Marker, qui ne se suffisent pas de deux mots, aussi forts soient-ils, pour qui il faut en plus que ce soient des bons mots.
La littérature s'est souvent construite sur des virtuosités de langage, c'est rarement là qu'on y trouve l'émotion qui marque vraiment.

Par contre, quand on trouve quelqu'un qui sait poser cet apparat, s'en défaire au service de l'histoire qu'il veut nous dire, c'est quand même plus malin, non, que de faire le malin... Alors oui, il faut accepter d'être au premier degré, en danger.

(les bons mots, c'est plus confortable, on regarde de loin, on est protégé, parce qu'on a de l'esprit)
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fred
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MessageSujet: je lui dirai les mots bleus   Ven 19 Oct 2012 - 7:35

Me sentant visé par Eraserhead, je me dois d'intervenir.
Je te soupçonne, cher Eraser, de profiter d'une réponse au post de Wijb pour rebondir sur la conversation qu'on a eue à propos du livre Wink
En littérature, je ne suis pas spécialement client du confortable. Je place certes le style très haut mais reste méfiant avec ses effets (ce que tu appelles faire le malin). J'aime les mots, les phrases bien tournées, les allitérations, les aphorismes, la digression. J'aime Flaubert, Auster, Échenoz (merci Superphane), Houellebecq. Je suis touché quand l'écriture s'enflamme, rigole, et tourne autour du pot, quand l'écrivain se dirige vers son but, mais par des chemins de traverse, grâce aux détails qui au final constitueront toute la substance du récit.
En bref, tout le contraire de ce que propose Loo-Hui Phang.
Peut-être que la froideur de son style épouse de manière utile la noirceur de son récit. Mais ce que tu nommes simplicité reste à mes yeux un frein à l'embrasement du récit. Le factuel, c'est intéressant pour raconter des soirées alcoolisées chez Bukowski. Or, ici, il y a nécessité à outrepasser le sentiment des enfants qui subissent sans trop comprendre, et s'adaptent, presque mécaniquement. L'écriture doit se situer au-dessus de cette mécanique et proposer au lecteur un niveau de narration qui permette d'envisager autre chose que ce qu'il se passe. Une digression. Un rappel de l'existence d'une humanité, ailleurs. Or Phang ne fait qu'accompagner la marche avec ses phrases sèches, sans trop regarder devant ni derrière, sans jamais évoquer les sentiments ni la colère des gamins qui tombent un par un comme à Verdun et ne s'étonnent jamais de leur sort.
Je ne crois pas que la manière d'écrire se situe ici au service de l'histoire.
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eraserhead
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Ven 19 Oct 2012 - 13:48

Fred, je ne visais pas Wink , mais effectivement, je reprenais des éléments que nous avions évoqués, en les accentuant, les poussant au bout, là où, j'espère, il n'y a personne.

Je pense que le décharnement stylistique est voulu, dans une certaine inhumanité. Si tu crois trouver dans ce livre une certaine humanité, ce n'est pas dans la 1ere partie qu'elle est [différence fondamentale avec Sa Majesté des Mouches]. Les enfants n'ont plus rien d'humain, ils ont tout posé, habits, et finesse de l'écriture. Tout est factuel, mort-vivant.
La dernière partie, en revanche, laisse apparaître un personnage dont nous ne soupçonnions pas qu'il puisse porter l'humanité un peu plus loin, tant il était inexistant dans la première. Et là, je trouve, on entre enfin en empathie, et [je n'ai pas le livre pour en attester], le ton change (il y a d'ailleurs plus de place pour l'image.
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wijbick

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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Ven 19 Oct 2012 - 14:30

Voulu ou pas...

Je ne suis pas contre prendre au sérieux ce qu'on fait ,soit allez a fond, se jeter dans sa création sans penser aux jugements, sans craindre sa propre censure.
Le sous titre "roman graphique" pourquoi pas.... mais est ce bien utile? On est pas débile nous les lecteurs... on voit bien en lisant ou même juste en feuilletant qu'il s'agit d'une bd particulière dont la narration en fait un objet spécial dans l'univers bd. j'avoue que ce genre de détail a tendance a m'agacer un peu

"Tout ça pour ça?"...
Question de sensibilité en effet...
Contrairement a Fred je ne pourrais pas faire appel a quelconques références litteraires puisque mes connaissances en ce domaine sont quasi nulles...mais l’écriture, dans son style mi rude mi apprêtée - voulu ou pas-ne m'a pas invité au voyage, alors la fin, malheureusement n'a pas eu d'effet percutant
Tant pis pour moi
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eric
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MessageSujet: Tout ça pour ça ?   Mar 23 Oct 2012 - 15:13

Comme wijbick, je me suis demandé à la fin du livre "Tout ça pour ça ?"

Je suis d'accord avec le terme de "mécanique" utilisé par fred. Ça s'enchaine, ça s'enchaine, sans jamais s'arrêter, sans entrer dans un récit, dans un vécu que le lecteur que je suis pourrait partager. Les personnages tombent comme des mouches sans qu'ils ne manquent à personne : ni aux autres, ni au lecteur. J'ai cru qu'il y aurait une confrontation entre les sécessionnistes et les autres, mais non, on continue, on enchaine.

Et puis on arrive sur l'île... Un personnage porte seul le récit. Pourquoi lui ? Pourquoi pas... En quoi est-ce la conclusion de cette longue marche morbide ? A moins que ce précédent périple ne soit qu'une introduction ?

Un mot sur la forme. J'ai eu beaucoup de difficultés avec l'alternance texte-dessin. La bande dessinée est l'art de l'ellipse alors que les écrits rentrent dans une foule de détails. J'ai connu des difficultés de mise au point à passer sans arrêt de l'un à l'autre.

Après, les textes ne sont pas désagréables à lire, les dessins plutôt bons. Mais je ne vois toujours pas l'intérêt de ce récit qui revient à son point de départ sans m'avoir transporté.

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eraserhead
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Mar 23 Oct 2012 - 15:46

l'identification est l'une des tartes à la crême de la narration. Pourquoi est-il besoin de s'identifier ? On a besoin de "vivre avec"... Un récit à l'état pur, factuel, comme l'a critiqué Fred, semble poser problème.

Je risque la critique de récit 'féminin' : avez-vous lu Duras ?
Il me semble (mais j'ai mal lu, parfois) que, par du factuel, on peut entrer en profondeur dans les personnages, dans une interrogation sur l'humain.

Je redis qu'il me paraît évident que nos personnages sont vides ; on le serait à moins. Pourquoi vouloirà ce point pénétrer leur psychologie ? Ils agissent comme des moitiés de verre de terre.

Citation :
sans entrer dans un récit, dans un vécu que le lecteur que je suis pourrait partager.
Peut-être que tes parents n'ont pas cherché à te tuer, ou que tu n'as pas rencontré d'homme-cerf ?


Citation :
Et puis on arrive sur l'île... Un personnage porte seul le récit. Pourquoi lui ?

Est-ce qu'il ne représente pas, plus encore que les autres, le degré 0 de l'identification ?

Citation :
J'ai cru qu'il y aurait une confrontation entre les sécessionnistes et les autres

ça, c'est Sa Majesté Des Mouches. ça n'est pas le propos de ce livre.

On va me dire que c'est le dernier argument, de toute façon imparable... Et se laisser porter par la poésie d'une langue, d'un récit, surprenant de bout en bout, qui m'amène de toute façon là où je ne pensais pas aller ? (c'est quand même une des qualités rares de ce livre, absolument pas partagée avec les autres concurrents)
Essayer de lire un livre pour ce qu'il est, ce qu'il y a dedans, et pas ce que je veux y trouver, ça doit être possible ?


Dernière édition par eraserhead le Mar 23 Oct 2012 - 20:24, édité 1 fois
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fred
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MessageSujet: soyons clair   Mar 23 Oct 2012 - 16:25

eraserhead a écrit:
Un récit à l'état pur, factuel, comme l'a critiqué Fred, semble poser problème.
Pas du tout, j'adore Bukowski fetard
C'est que là, je déteste le style et je me contrefous du sujet I love you
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Superphane
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Mar 23 Oct 2012 - 20:02

Cher Eraserhead !

Tu défends fort bien ce livre que nous aimons beaucoup et que le grand sachem tente avec beaucoup d'application d'évacuer de la course au titre...
Je n'éprouve effectivement aucun besoin d'identification aux personnages et c'est surtout le malaise lié à la brutalité, la cruauté des protagonistes qui m'intéresse, m'interroge.
Il me renvoie à plusieurs lectures liée à la thématique génocidaire (sujet dont je ne me contrefous pas du tout : ici, on pourrait parler du génocide libéral), déjà traitée par Loo Hui-Phang dans Cent mille journée de prières.
Jean Hatzfeld, dans "Une saison de machettes" décrit comment des rwandais qui "voisinaient" paisiblement en viennent, à l'appel d'un chef, à "couper" l'Autre à coup de machette. Primo Levi dans "Si c'est un homme" explique comment les prisonniers les plus résistants bénéficient de faveurs, se désolidarisant des plus faibles. Dans un cas comme dans l'autre, peu s'insurgent ou se rebellent, le sentiment de culpabilité étant évacué du fait de l'existence d'une "voix décisionnelle" (souvenez-vous de l'expérience de Milgram !)
Le début du récit peut donc renvoyer à des expériences déjà vécues, des comportements déjà observés : la brutalité de Jonas est cautionnée en silence par le reste du groupe. Nous nous comporterions probablement comme ce groupe, ce qui est, bien sûr, difficilement supportable.
Je redis aussi la surprise lié au basculement dans le fantastique, seul voie pour sortir du cauchemar alors que bien souvent il nous fait y entrer.

Je reviens enfin à l'idée de roman graphique, terme parfois galvaudé, qui me convient assez par la forme novatrice et originale proposée par le livre. L’appellation renvoie aussi au "graphic novel", histoire de rappeler qu'on est dans une lecture destinée aux adultes... Pas de quoi en faire un fromage ou d'en conclure quoi que ce soit sur la qualité du livre, me semble-t-il...

Quand on style, je dirai que simplement, il y en à un , ce qui est loin d'être le cas pour beaucoup de livres sélectionnés (moi aussi je peux être désagréable I love you )

Et Bukowski, on est dans l'autobiographie presque en permanence, ça n'a rien à voir...
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fred
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MessageSujet: des bas   Mer 24 Oct 2012 - 6:24

Si c'est une parabole pour traiter du génocide, elle n'est pas très adroite. C'est certes un conte, mais je ne crois pas que des enfants livrés à eux-mêmes puissent penser à l'extermination.
Après, je ne m'applique pas à "évacuer de la course au titre" aucun livre que ce soit, je participe au débat en donnant mon point de vue tongue
Pour finir, le parallèle avec Bukowski concerne le style rapide et factuel.

ps : et puis quel manque d'humour, quand j'y pense…
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Superphane
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MessageSujet: J'aime mon libraire   Mer 24 Oct 2012 - 7:58

Cher Grand Sachem dont l'humour ne m'échappe pas !
J'ai bien compris, que les petits smileys de ton dernier message, hérités d'une prose Benbeckerienne, étaient là pour signifier aux adorateurs de Loo Hui-Phang que tu leur tirais a langue. Et quand je parlais d'"évacuer de la course au titre", il ne s'agissait que de rhétorique, n'y voit rien d'autre...
J'ai bien compris aussi que le style de la dame vous est insupportable. Que peut-on alors répondre à ça ? Je respecte infiniment ce point de vue, sois en sûr !
J'essaie simplement de dire qu'il faudrait éviter de le jeter aux orties (ce qui me semble vraiment excessif, non ?) en tentant d'expliquer comment ce livre parle de l'altérité, de l'intime.

Je reviens sur le style en tentant de faire le parallèle avec Bukowski.
Tu parles d'un style "rapide" : je n'ai pas le sentiment d'une écriture qui jaillit comme chez Bukowski mais je me fais l'idée d'un texte travaillé, retravaillé jusqu'à l'essentiel.
Tu parles d'un style factuel : on n'est pas dans le grand cahier d'Agota Kristof où les jumeaux notent les faits, rien que les faits de leur entraînement pour survivre dans l'abjection générale. Loo Hui-Phang usent des répétitions, des métaphores et proposent une langue pas toujours simple (je n'ai pas le sentiment d'avoir lu un ensemble de phrases courtes et concises) mais ultra-précise et poétique.
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naphtalene
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Mer 24 Oct 2012 - 8:44

Vous savez quoi ? Je n'ai pas lu Duras, ni Bukowski, ni Agota Kristof, ni Jean Hatzfeld, mais j'adore vous lire ferrailler ainsi, même si je ne saisis pas le quart du tiers de vos érudites références Very Happy !
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Joco
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Mer 24 Oct 2012 - 10:55

naphtalene a écrit:
Vous savez quoi ? Je n'ai pas lu Duras, ni Bukowski, ni Agota Kristof, ni Jean Hatzfeld, mais j'adore vous lire ferrailler ainsi, même si je ne saisis pas le quart du tiers de vos érudites références Very Happy !

Tout pareil même si j'aurais plutôt dit le douzième pour être plus rigoureux ! scratch
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fred
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MessageSujet: je te le rends bien   Mer 24 Oct 2012 - 11:24

Superphane, je crois énormément aux vertus des orties !
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eraserhead
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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   Mer 24 Oct 2012 - 11:27

quant au manque d'humour, je n'ai pas saisi si Fred parlait de Superphane, ou de moi (je n'ose y croire une seule seconde !) ou plutôt - c'est ce que j'ai compris - du livre lui-même :

c'est vrai, ça n'est pas drôle. C'est au premier degré, sans recul sur soi. Comme tout récit fantastique. ça se prend au sérieux.
et alors ?

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MessageSujet: Re: Les enfants pâles, de Philippe Dupuy et Loo Hui-Phang   

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